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samedi 1 mars 2025

L'esclavagisme moderne dans le film italien "Una promessa" (Lo spaccapietre) des frères De Serio (2020)

De ce long métrage des frères jumeaux Gianluca e Massimiliano De Serio, nous ne retiendrons pas spécialement l’intrigue tant elle manque de clarté. Ou peut-être des éléments dans le récit font-ils défaut ? Une fois encore c’est le contexte qui nous intéresse puisque la plus grande partie du film se déroule au sein d’une exploitation agricole ou maraîchère dans laquelle on cultive des légumes et de la vigne de manière intensive.

Cette entreprise s’appuie principalement sur le travail illégal, la main d’œuvre est constituée d’africains, essentiellement des hommes mais également de quelques italiens. Ils sont payés en liquide, à la bonne grâce de l’employeur ou plutôt de son garde chiourme, son homme à tout faire avec qui il terrorise ces nouveaux esclaves. En rôdant par exemple la nuit au milieu des baraquements de fortune où vivent ces pauvre hères, armé d’un fusil et tirant sur ces habitations sommaires faites de toile en plastique. Le boss impose également ses caprices à une femme, à qui il demande par exemple d’éventrer un porc fraichement abattu, ou de mimer une scène bestiale en duo avec Giuseppe, le personnage principal du film.

Celui-ci a perdu son travail dans une carrière, sans que l’on sache s’il était déclaré, suite à un accident qui lui a coûté un œil. C’est son épouse qui subvient aux besoins du couple et de leur fils, en travaillant justement dans cette exploitation agricole où elle perdra la vie en raison, peut-on supposer, des dures conditions et peut-être des mauvais traitements des tortionnaires. N’ayant d’autre alternative, Giuseppe (Salvatore Esposito) rejoindra cet enfer en compagnie de son jeune fils et subira lui aussi de mauvais traitements.

Sur un plan purement professionnel, il nous est donné de voir le travail dans les champs, dans des scènes à peine réalistes. En effet, quand Giuseppe recouvre de terre les bords des films plastiques déroulés dans les champs, l’utilité de la tâche ne semble pas flagrante. Quand, par contre, toujours aidé de son fils, il troue ces mêmes bâches pour y planter des végétaux, ou qu’il répand des produits phytosanitaires à l’aide d’un pulvérisateur ou d’une cuve attelée à  l’arrière d’un tracteur, on peut noter davantage de réalisme.

Si l'on veut prendre un peu plus de recul, il est légitime de s'interroger sur la pertinence des éléments de contexte. Certes, le travail illégal existe, notamment dans le secteur agricole et probablement dans l'Italie, et en l'occurrence l'Italie du Sud. Cependant, la présence de ressortissants italiens dans les rangs de ces esclaves modernes paraît surprenante. D'autant plus que dans certaines situations, aiguillés et assistés par les travailleurs étrangers, il semble même que ce soient eux les migrants. Enfin, au delà des relations nécessaires à la trame du film, aucune indication n'est donnée sur la vie sociale dans ce monde du travail illégal.

La bande annonce du film "Una promessa"




samedi 23 mars 2024

"Toni Erdmann" : le monde du conseil et de l'audit international dans un film allemand de 2016 avec Sandra HULLER


Bien avant d'être remarquée pour sa magnifique interprétation dans le multi-primé "Anatomie d'une chute", l'actrice allemande Sandra HULLER interprétait le rôle principal dans le film "Toni Erdmann" en 2016.

C'est l'histoire, plutôt originale, d'un père qui se rend compte que sa fille, consultante pour une grand cabinet international, occupe un poste important empreint de responsabilités, mais que sa vie est insipide.  A l'occasion de l'anniversaire de sa grand-mère maternelle, son père la surprend en train de feindre une conversation téléphonique à caractère professionnel. Elle mène une existence totalement fausse, soumise au monde sans pitié du capitalisme. Quand ce n'est pas elle-même qui instaure une pression, certes sans violence, à sa collaboratrice. Elle lui demandera par exemple de lui prêter son chemisier pour assurer une présentation devant un important client puisqu'elle a tâché le sien de sang. 

Ines Conradi est donc une consultante de haut vol, expatriée à Bucarest, qui cherche à convaincre une grosse compagnie pétrolière américaine de se restructurer, ici en Roumanie, avec à la clé des suppressions de postes, ce qui ne lui pose aucun cas de conscience. 

L'aspect professionnel tel qu'il est décrit demeure plausible, les journées d'Ines sont ponctuées de réunions animées à l'aide de présentation vidéoprojetées, de visites de sites industriels, de réception en ambassades, et de négociations. Inès est très investie dans sa mission, elle cherche à évoluer et doit normalement prendre un poste plus important en Chine. Elle en paie le prix fort puisqu'elle ne relâche jamais la pression et ne laisse jamais rien au hasard, elle cherche régulièrement à s'évaluer et bénéficie même de l'apport d'un coach extérieur. Les luttes de pouvoir entre les différents collaborateurs est perceptible, cependant, il semble que tous soient très vigilants au respect de l'égalité et de la diversité. Le sexe et la drogue font bien sûr partie de cet univers, comme tout le reste, ils semblent programmés, organisés comme toute la vie de ces businessmen.

Son père interviendra tel un chien dans un jeu de quilles dans ce contexte de mondialisation, et aidera sa fille à ouvrir les yeux sur le peu de moralité de sa fonction, en comprenant que tout n'est pas si manichéen. Ce sera l'occasion de scènes plutôt drôles bien que peu réalistes. Inès finira par organiser une réunion dans sa suite où elle demandera à ses collègues, sa collaboratrice et son responsable de venir nus. Ce que la plupart exécuteront, pris par l'aveuglement inhérent à ce monde sans foi ni loi.

Le film a bénéficié d'un excellent accueil au Festival de Cannes (2016) au cours duquel il a obtenu le Prix de la critique internationale.


samedi 9 mars 2024

Les métiers de la restauration et des traiteurs dans le film "Le sens de la fête" de Olivier Nakache et Eric Toledano

Si les français disposent du sens de la fête comme l'évoque un indien au milieu de cette comédie humaine, il faut  reconnaître à Éric TOLEDANO et Olivier NAKACHE la capacité de caricaturer les individus et leurs fonctions. C'est à nouveau dans ce film, Le sens de la fête. Souvent drôles et sans jamais tomber dans la caricature, ils arrivent à portraitiser cette galerie de métiers de la restauration dans le cadre d'une activité de traiteur. 

Le patron, c'est Jean-Pierre BACRI, excellent comme toujours, qui doit orchestrer une prestation au pour le compte d'un couple le jour de leur mariage. C'est l'occasion d'observer les différents métiers de cette profession, essentiellement du côté du service, parfois de l'animation et rarement de la cuisine. D'autant plus que les facéties d'un extra embauché au dernier moment, incapable et stupide, ruine une partie du repas.

Dans ce film, la vision des métiers et compétences de ce secteur d'activité n'est pas très large et profonde, il en donne cependant un bon aperçu au titre des enjeux et contraintes, essentiellement liées à la gestion du personnel. Les difficultés de recrutement, par exemple, ou l'aspect social avec des extras pas toujours déclarés, et des exigences en matière de relation avec les clients. Les normes d'hygiène et de sécurité alimentaires sont également perceptibles, à l'occasion donc de l'une des turpitudes du nouvel embauché.

En résumé, un film divertissant avec une découverte de ce secteur confronté à des difficultés de recrutement.

La bande annonce du film :

lundi 13 juillet 2020

Les injonctions paradoxales dans le monde de l'assurance-vie au cinéma : "Maman a tort" (Marc Fitoussi - 2016)


La période d’application en entreprise a pu quelquefois servir de cadre à des fictions françaises ou étrangères. Dans le film « Maman a tort » de Marc Fitoussi, c'est le stage de découverte imposé aux élèves de classe de 3ème qui est le prétexte d'une immersion entreprise.
Comme la plupart des élèves de son âge, Anouk (Jeanne Jestin) qui vit seule avec sa mère, a du mal à trouver une entreprise pour ce stage de 3ème. L'unique solution pour elle est d'accepter de passer cette semaine chez un caviste comme lui propose son père. Sa mère préfère finalement qu'elle intègre la compagnie d'assurance-vie où elle travaille. A cette occasion, la jeune fille découvrira sa mère sous un autre jour, se montrant inhumaine, notamment avec les clients. Sa fille comprendra qu'elle ne cède finalement qu'à la pression de sa hiérarchie.

Sur le fonctionnement d'une entreprise vu de l'intérieur, "Maman a tort" est assez réaliste, même si l'on voit les salariés essentiellement pendant les pauses, en train de fumer à l'extérieur sous des champignons chauffants, ou à l'heure du déjeuner. L'accueil et la sécurité ne sont pas des plus rigoureux ; faute de document d'identité, on peut tout de même rentrer dans les locaux. Si la pression latente touche essentiellement Cyrielle (Emilie Dequenne), la mère d'Anouk , on rencontre aussi une salariée à l'infirmerie qui dépressive se dit harcelée. Les relations entre collègues sont parfois tendues comme dans la vraie vie. Ainsi, alors qu'elle se sert au self, Cyrielle, la mère d'Anouk se fait agresser verbalement par une collègue qui lui reproche de l'avoir infantilisée lors d'une réunion. L'adolescente pensera venger sa mère en renversant un verre d'eau sur le bureau de la plaignante, puis s'apercevra que ce n'était pas son poste de travail. Une attitude pour le moins étonnante pour une aussi jeune personne.

Les métier de l'entreprise et son activité, l'assurance vie, sont peu visibles. Cyrielle tente d'expliquer ce qu'est "l'assurance emprunteur" à sa fille, qui comprendra un peu mieux à l'occasion d'une rencontre avec une cliente dont sa mère a refusé le dossier, et qui se trouve en conséquence en grande difficulté. Afin de comprendre l'attitude qu'elle juge inhumaine de sa mère, Anouk ira jusqu'à la rencontrer à l'extérieur de l'entreprise, ce qui semble peu plausible eu égard à l'âge théorique de l'adolescente, mais qui permet certainement d'alimenter le scénario.
Le comportement de certains salariés peut étonner. C'est le cas de la tutrice d'Anouk et de sa collègue dont on se demande ce qu'elles font de leurs journées, qui se montrent stupides et infantilisantes. Tout autant que le tuteur d'un autre élève, chargé de la distribution du courrier.

S'il n'est pas exempt d'intérêt, rien que pour la relation entre la fille et sa mère, ce film n'apporte rien  à la compréhension des mécanismes qui génèrent de la souffrance au travail. Il laisse en effet penser, que c'est uniquement la pression de la hiérarchie, obnubilée par les résultats qui en est la cause. Ce que la mère expliquera maladroitement à sa fille en excusant le comportement d'un supérieur : "Il est un peu au dessus de moi, il a tous les droits". Le plus crédible reste peut-être l'injonction paradoxale à laquelle est soumise Cyrielle, qui doit "maquiller" des dossiers pour éviter trop de remboursements aux assurés. Résignée, elle expliquera à sa fille qu'elle n'a pas le choix, que si elle n'a jamais démissionné c'estqu'elle n'a pas de diplôme et qu'elle a fait toute sa carrière chez Serenita.

La bande annonce de "Maman a tort"


dimanche 11 mars 2018

Une soirée thématique sur le harcèlement illustrée par le téléfilm "Harcelée" sur France 2


Si l'idée de France Télévisions associée pour l'occasion à France Inter de consacrer, le 10 octobre dernier, une soirée au douloureux sujet du harcèlement au travail était légitime, le choix de ce téléfilm pour illustrer le thème est plus contestable.
En effet, si la qualité des acteurs concède de se laisser entraîner dans l'histoire, le phénomène de maltraitance qui nous est ici narré procède bien plus de l'attitude d'un dangereux psychopathe que de l'enchaînement pernicieux qui s'instaure malheureusement trop souvent en entreprise entre une victime et un tortionnaire d'une banale "normalité", que ses exactions soient à caractère sexuel ou non.

# 01 Un contexte professionnel étrange
Certes, nous y retrouvons certains des mécanismes insidieux qui accompagnent la lente descente aux enfers de la "proie", mais, sans mettre totalement en cause le réalisme du scénario, certains facteurs l'alourdissent sans rien apporter au réalisme des situations, bien au contraire. 
C'est par exemple le contexte puisque, si le fait que Karine (Armelle Deutsch) souhaite reprendre le travail après 3 ans de congé parental, est plausible, la suite des événements réside en un empilement de faits qui n'apporte rien à l'intrigue, bien au contraire.
Si les collègues de  Karine se montrent peu accueillants envers elle, on peut penser qu'ils se méfient de cette "protégée" de leur tyran de patron. Soit. Plus surprenant, ils se révèlent particulièrement cyniques entre eux. A l'occasion d'un départ en retraite, par exemple, où le récipiendaire qui déteste le fromage se voit offrir ... un service à fromage.
Le attitudes de Karine, ensuite, sont le pour moins curieuses ; elle adopte des positions pour le moins peu académiques et ne rechigne pas à se déchausser sous le regard de son nouveau boss, ce qui n'a certes rien de provocant et aurait constitué une facilité dans le cadre d'une affaire de harcèlement. 



# 02 Une intrigue pesante
C'est alors que le processus de maltraitance psychologique s'engage. A l'occasion du départ en retraite de ce collègue, Antoine (Thibaut de Montalembert), le despote, rejoint Karine dans les toilettes, et "s'attaque" à la jeune femme, qui curieusement, ne semble pas résister ; une faiblesse que l'on peut mettre sur le compte de l'alcool qu'a consommé Karine. Elle réussit à s'esquiver. Les jours suivants, et contre attente, son manager lui confie une importante mission sous la forme d'une étude à réaliser, ce qui pourrait l'incliner logiquement à baisser la garde, bien que, dans le même temps, à la demande d'Antoine, elle s'avilisse en lui apportant un café devant une partie de ses collègues.  Elle est ensuite conviée à un déjeuner d'affaires. Cependant, une fois arrivée au  restaurant, elle constate qu'aucun client n'est présent et que c'est un tête à tête avec son "prédateur" qui l'attend. Après quelques allusions, celui-ci joue l'apaisement et s'excuse pour son comportement de "l'autre soir". Elle lui exprime son pardon tout en lui touchant la main, ce qui le fait entrer dans une crise de rage : il devient agressif, la traite d'allumeuse. Il lui retira finalement le dossier qu'il lui avait délégué, elle deviendra stressée puis hystérique, puis elle se verra offrir un C.D.I. pour lequel elle hésitera car son mari est lui même sur le point d'être licencié.


#03 Des personnages marqués à l'excès
De tous les personnages de cette fiction télévisée, le plus crédible est  certainement Karine : naturelle à la limite de la naïveté, humaine, et motivée dans son nouveau job. Face au harcèlement dont elle est victime, elle adoptera une attitude caractéristique de ce genre de situation, mêlée d'incompréhension, de peur et même de culpabilité. Une conséquence plutôt classique de ce cas de figure et qui sera en l’occurrence un des rares points pragmatique de ce téléfilm. Ce sont plutôt les seconds rôles qui appesantissent "Harcelée" sans rien apporter à son réalisme. En effet, pourquoi avoir "inventé" à Karine une fille anorexique, dont le père refuse d'intégrer la maladie, et pourquoi instaurer, par l'intermédiaire de cette adolescente, une relation entre les deux familles ? Il semble difficile de concevoir que le harceleur fasse son oeuvre tout en ayant une proximité avec le mari et la fille de Karine. Il semble curieux que, par exemple, les deux principaux protagonistes se vouvoient alors qu'ils se fréquentent en en dehors du travail, avec leurs familles respectives. Et enfin, le manichéisme d'Antoine, qui instrumentalise la fille de Karine en lui offrant un bijou, procède davantage du jeu d'un dangereux psychopathe que du lent processus inconscient d'un individu normal tel qu'on en rencontre quotidiennement en entreprise.

Voir l'article de Télérama du 04/10/2017


dimanche 10 septembre 2017

Les accidents du travail dans le bâtiment au Brésil dans une chanson de Chico Buarque : "Construção" (1971)


C'est en écoutant l'émission "La Bande Originale" sur France Inter le 07 septembre dernier que nous avons découvert cette chanson de 1971, écrite et interprétée par Chico Buarque, dont on connait surtout l'incomparable "Essa Moça Tá Diferente". Rendons-lui cet honneur, c'est à Mathieu Almaric, que nous devons d'avons fait connaissance avec ce titre du célèbre chanteur brésilien. Il a en effet choisi d'intégrer ce titre dans la Play-List que chaque invité de Nagui et de son équipe propose d'écouter, soulignant principalement la construction de la chanson basée sur la répétition d'une même histoire, mais dont le récit varie seulement de quelques mots dans chacun des couplets. La page Wikipedia en langue anglaise de cette même chanson en donne une analyse différente, puisque selon cette source, il s'agirait en fait de trois 3 histoires différentes.
Chico Buarque

Peu importe, c'est bien évidemment le contenu qui nous intéresse, puisque l'histoire narre la fin tragique d'un ouvrier du bâtiment qui se rend sur le chantier puis grimpe "la construction comme s'il était une machine", dresse "à l'étage quatre murs solides, brique après brique". Après avoir déjeuné de haricots "avec du riz comme s'il était un prince", il boit, danse et rit et malheureusement, tombe de l'échaffaudage et s'écrase mortellement en contrebas, "perturbant le trafic".

Si "Construção" n'est peut-être pas, comme l'indique la page Wikipedia qui lui est consacrée "un témoignage douloureux des relations humiliantes entre le capital et le travail", elle nous donne de précieux indices sur la condition d'un ouvrier du bâtiment au début des années 70 dans ce Brésil alors sous le joug  d'une dictature militaire. C'est ce que résume parfaitement le dernier couplet qui nous révèle que le manque de sécurité ("Pour les échafaudages suspendus qui nous font tomber) et l'environnement malsain ("Pour la fumée et la misère qui nous font tousser") sont supportables grâce à une consommation excessive d'alcool, quasi obligatoire ("Pour la cachaça gratuite que l'on doit avaler") qui fera tituber le malheureux et le précipitera à sa fin.

Ce titre semble peu connu, il a pourtant été élu, toujours selon la page Wikipedia (en langue portugaise) "deuxième meilleure chanson brésilienne de tous les temps" à l'issue d'un vote organisé par le journal Folha de S. Paulo et rien de moins que « la plus grande chanson brésilienne de tous les temps » par le magazine Rolling Stone.

Pour aller plus loin :

lundi 1 mai 2017

Le coaching managérial dans "Le coach", un film de Olivier Doran (2008)

"Le coach", film de 2008 de Olivier Doran respecte les codes de la comédie à la française qui n'a pas vraiment évolué depuis "La grande vadrouille" : deux individus qui n'auraient jamais dû se rencontrer, aux profils diamétralement opposés, finissent par trouver un intérêt commun et collaborent pour se sortir d'une situation qui s'annonçait pour chacun d'eux, très compliquée. Le premier des deux en l'occurrence, c'est un coach professionnel, addict au jeu, qui fuit un créancier à qui il doit une forte somme d'argent. Le second, cadre dans une entreprise, doit son poste et ses responsabilités à un quiproquo : il a été embauché parce qu'il porte le même nom que le neveu du Président du groupe, ce qu'il n'a jamais démenti afin de profiter de la situation.
Face à l'enjeu que représente la signature d'un important contrat avec un client chinois, Monsieur Hu, et en raison des insuffisances de Patrick Marmignon, la direction d'ILB sollicite Maxime Chêne pour coacher ce manager qui présente une trop grande empathie avec son équipe et un manque criant d'autorité.
Au cours des péripéties accompagnant l'hypothétique signature du contrat au cours de revirements qui ne sont pas sans rappeler les sautes d'humeur de Monsieur De Mesmaeker dans Gaston Lagaffe, la bande dessinée de Franquin, le consultant distillera au cadre supérieur de précieux conseils basés entre autres sur la P.N.L. (Programmation Neuro Linguistique) pour l'aider à s'affirmer. Le résultat sera probant, le client acceptera finalement de confier le projet à I.L.B., soit la réalisation en France d'un bâtiment commercial de grande ampleur.
Si, dans cette comédie, les techniques utilisées par le coach restent plausibles, la crédibilité du contexte professionnel est dû, avant tout aux talents des 2 principaux comédiens, Jean-Paul Rouve en "coaché" et Richard Berry, qui évitent de faire tomber le film dans la caricature bien que parfois, le côté comique ne parvienne pas à gommer totalement l'invraisemblance de certaines situations. Le dénouement final, par exemple, manque totalement de réalisme, ce qui n'est pas il est vrai la principale caractéristique dans ce genre cinématographique.
Quelques fonctions auraient mérité un peu plus de profondeur, telle celle du collègue jaloux et envieux qui met des bâtons dans les roues des héros de cette fiction, et c'est surtout celle de la D.R.H. qui est ici réduite au rôle de faire valoir au service de l'intrigue, et dont la principale qualité réside dans un physique avantageux. Si sur le plan de l'entreprise, les apports sont limités, "Le coach" reste un film divertissant.
La bande annonce du film :



jeudi 29 décembre 2016

L'addiction aux jeux électroniques au travail dans "Fantaisie Héroïque" une chanson de Juliette .

L'allusion est fugace et ne sert finalement que l'intérêt de sa chanson en lui offrant un dénouement inattendu, et ne traite aucunement des comportements addictifs au travail, en l’occurrence le jeu sur ordinateur. Juliette, puisqu'il s'agit d'elle, auteure, compositeur et interprète, elle même fan de "gaming", dans Fantaisie Héroïque, un titre de son album "Mutatis Mutandis (2005) se lance dans une suite d'aventures où elle endosse les habits de "l'aventurière qui doit sauver le monde", et combat aux côtés d'Ad'arana la blonde, fille d'elfe et guerrière, et de "Gaëlan demi orque, au trois quart magicien". Pour finir par être réveillée par la D.R.H. qui lui promet un licenciement sur le champ si elle continue à se perdre dans ses jeux électroniques !

Source documentaire : Management - Arts et Métiers (David ABIKER) - Octobre 2016


mercredi 28 décembre 2016

Une distinction pour le livre d'entreprise : "Le prix du roman d'entreprise et du travail"

Organisé par Place de la médiation et Technologia le Prix du roman d’entreprise et du travail consacre depuis 2009 un romancier pour "ses qualités littéraires et la lucidité de son regard sur le monde du travail". Pour 2017, le comité de sélection a retenu les œuvres suivantes :
Avec vue sur la mer de Slimane KADER
Lauréat du prix en 2016

  • Je vais m’y mettre, de Florent Oiseau (Allary Editions)
  • Brillante, de Stéphanie Dupays (Mercure de France)
  • Déserteur, de Boris Bergmann (Calmann-Lévy)
  • Du pin et des larmes, de Philippe Mediavilla (Editions Cairn)
  • Le grand marin, de Catherine Poulain (Editions de L’Olivier)
  • Police, de Hugo Boris (Grasset)
  • Chanson douce, de Leïla Slimani (Gallimard)
  • Les visages pâles, de Solange Bied-Charreton (Stock)
  • Le cri, de Thierry Vila (Grasset)
  • La grande arche, Laurence Cossé (Gallimard)
  • Désolée, je suis attendue, de Agnès Martin-Lugand (Michel Lafon)
  • La correction, de Elodie Llorca (Rivages)
Une dotation est accordée à l'auteur primé, depuis 2012, et le Prix bénéficie du soutien de la mutuelle UMC et est sponsorisé depuis 2014 par le cercle des DRH européens.

Pour retrouver l'historique de ce prix, voir l'article sur Wikipédia qui lui est consacré.


lundi 31 octobre 2016

Ma vie de stagiaire en Bandes Dessinées : "Moi, 20 ans, diplômée, motivée... exploitée !" de Yatuu


Ce n'est pas tout à fait une fiction puisque Yatuu alias Cyndi Barbero  raconte dans cet album, son expérience de stagiaire dans une agence de publicité à l'âge de 20 ans, en 2009.

Elle a commencé par raconter sa douloureuse expérience dans un blog, sous forme de saynètes dessinées, avec une bonne dose d'humour et un tel talent que Glénat, l'excellent éditeur dédié aux bulles et autres phylactères, a décidé de publier son aventure : "Moi, 20 ans, diplômée, motivée... exploitée !".


mardi 2 août 2016

Une thanatopractrice aux Etats-Unis dans le roman "L'enfant sans nom" de Amy MacKinnon (2008)

Ce roman policier écrit par Amy MacKinnon a pour personnage principal une thanatopractrice, Clara Marsh, qui enquêtera sur des crimes d’enfant. Une occasion de découvrir de l’intérieur ce métier, sans que l’on sache si les pratiques professionnelles relatées dans "L'enfant sans nom" sont proches de la réalité et propres aux Etats-Unis.

L'enfant sans nom
#01 L’embaumement des corps
Le roman commence d’emblée par la description détaillée du travail de Clara, méthodique et précis : « Je plonge le pouce entre les lèvres de l’incision, puis j’enfonce mon index dans la profondeur du cou. A l’inverse des autres vaisseaux, qui offrent juste une vague résistance, la carotide ne se laisse pas faire. Bien attaché entre le cœur et la tête, ce tube solide est souvent alourdi par des années de plaque d’athérome, qui renforce sa volonté de rester en place. Surtout quand la rigidité cadavérique est déjà bien avancée, comme chez cette vieille femme ». S’ensuit un long passage, qui explique pourquoi cette partie de son travail rappelle à Clara la mort prématurée de sa propre mère, sans que l’on sache si cette disparition, qui l’a beaucoup affectée, ait déterminé le choix de son métier. La description reprend, toujours aussi précise, mettant en exergue l’expérience de la jeune femme : « Mes doigts saisissent la carotide dans le cou de la vieille dame, et la tirent à travers la chair. Sur mes gants talqués, ses tissus semblent plus gris qu’ils ne le sont en réalité. C’est le cancer : il suce la couleur du corps des gens comme il suce leur vie, laissant cette artère, autrefois vitale, cendreuse. Je reprends mon scalpel, incise la carotide pour la vider, puis mon attention se tourne vers ce qui fut autrefois une cuisse charnue. Je masse la peau flasque avant d’introduire la seringue dans l’artère fémorale. Le formaldéhyde rose vif lui redonnera un peu de couleur. Les joues caves ont elles aussi besoin d’être regonflées, alors je prépare les autres seringues. En jetant un coup d’œil à la photo que son fils m’a donnée, à présent accrochée au tableau, je commence à réfléchir à la manière dont je vais sculpter son visage. Cela réconfortera les siens de retrouver la femme qu’elle était avant que le cancer ne la dévore. Tandis que le sang s’écoule, remplacé par les fluides d’embaumement, je lui suture la bouche ».
Le récit continue sur un rituel qu’effectue Clara et à laquelle elle associe une réflexion qui permet à l’auteur d’introduire un second personnage, en l’occurrence Linus, le patron de l’agence de pompes funèbres dans laquelle elle est employée. Clara précise que « Comme dans toutes les professions, la mienne a sa routine. C’est au cours de cet interlude, pendant que le sang se vide, avant le début de la toilette, que je procède à cette espèce de rituel ». Plus loin, elle apporte un élément sur la législation en vigueur aux Etats-Unis à moins qu’elle ne soit spécifique à la Nouvelle Angleterre ou à l’Etat de cette région où se situe l’intrigue : « Je préférerais utiliser un gant tiède et de l’eau savonneuse, comme une mère accueille son nouveau-né au début de sa vie, mais la loi exige que je me serve d’un antiseptique précis et d’éponges jetables pour cette dernière toilette ». Tout en donnant de précieuses indications sur les conditions de travail des thanatopracteurs : « L’évacuation du sang et l’odeur de décomposition rendent le processus difficile… ».
C’est alors une opération impressionnante qu'enchaîne Clara qui, après changé ses gants et enfilé un masque de coton, « formalités stériles en cet instant des plus intimes », prend « le trocart accroché au mur », puis « insère l’instrument dans la petite incision de l’abdomen, juste au-dessus du nombril, puis lance l’aspiration ». Non sans ajouter un commentaire qui donne toute sa teneur à cette tâche : « Il est important pour l’esthétique de la veillée que tous les fluides corporels et les organes mous soient retirés ». Une partie de la suite du chapitre sera consacré à des opérations esthétiques avec un nouveau lavage de la défunte, son habillage et son coiffage, puis son maquillage.
Amy Mackinnon

#02 Les autres fonctions liées au métier
Au détour des autres chapitres de ce polar américain, Clara assure d’autres tâches. Elle doit par exemple procéder à l’enlèvement d’un corps retrouvé sans vie dans un appartement. C’est un travail extrêmement physique, en raison du poids du cadavre, et curieusement, c’est seule qu’elle s’y rendra et devra compter sur l’assistance d’un policier pour manipuler le brancard. Elle aura au préalable  analysé la situation pour envisager au mieux le basculement du lourd corps afin de l’insérer dans la housse mortuaire. Elle aura pris soin de se munir d’un pot de Vicks Vaporub pour masquer les odeurs fortes voire insupportables, et aura veillé à clore les paupières du défunt.
De retour au funérarium, elle poursuivra son travail de maquillage, puis elle accueillera les familles éplorées, sans aller jusqu’à prononcer un genre d’homélie comme le fait habituellement son patron Linus. Elle devra aussi se rendre au cimetière pour vérifier si une tombe est creusée convenablement. A cette occasion, nous apprendrons qu’en Nouvelle Angleterre, en raison des conditions rigoureuses de l’hiver, la terre est si dure que les corps seraient conservés jusq'au printemps, ce qui parait surprenant.


Un exemple de trocart (Wikipedia)
#03 Les outils du thanatopracteur
Au titre de sa fonction, et pour les opération sur le terrain, Clara conduit le fourgon de l’entreprise de pompes funèbres, elle manipule le brancard et la housse mortuaire. Dans les sous-sols du funérarium, elle se sert d’une table de travail en acier inoxydable « inclinée de manière à faciliter le drainage des fluides », peut-être semblable à une table d’opération, une impression renforcée par les types d’outils que la thanatopractrice emploie et qui sont utilisés au quotidien par les chirurgiens : le scalpel, le trocart qui est un impressionnant instrument destiné à aspirer les fluides, le masque, et même un nécessaire pour suturer la bouche des « patients ». Le corps est ensuite embaumé grâce du formaldéhyde, plus communément appelé formol.
Le lavage est réalisé à l’aide d’un antiseptique et d’éponges jetables. Pour la partie coiffage Clara fera logiquement usage de ciseaux, de bigoudis, de cire coiffante d’un sèche-cheveux et de laque, et pour le maquillage, de fond de teint, de blush et d’un peu de rouge à lèvre tangerine « trouvé sur la commode de la défunte ».

dimanche 12 juin 2016

La fonction Ressources Humaines égratignée dans la chanson "D.R.H." d'Anaïs (2014).

Adepte de la parodie et de "la chanson incarnée" (wikipedia), la chanteuse Anaïs s'est essayée en 2014 à une critique en règle du Directeur des Ressources Humaines. Les paroles de ce titre avaient à l'époque, provoqué de nombreuses réactions à charge et à décharge. Sur bien des points, on ne peut que lui donner raison, au grand regret de ces spécialistes des Ressources Humaines qui ambitionnent de développer de la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences, mais qui doivent effectivement plutôt répondre à des objectifs de mise en adéquation des effectifs avec les impératifs de production, en encaissant les effets de la mondialisation. En conséquence, donc, " ils appliquent à la lettre des ordres venus d'ailleurs" mais leur reprocher de "brasser de l'air" ou de jouer avec "la hache de guerre" est certainement bien plus discutable.
Chacun pourra se faire une opinion ou participer au débat en consultant par exemple, les sites suivants :
Pour consulter l'intégralité du texte de la chanson : DRH sur Paroles.net


















mardi 7 juin 2016

La livraison des repas aux employés en Inde dans le film "The Lunchbox" (2013)

The Lunch Box est un film surprenant. Ni dans sa réalisation, ni dans sa trame, si ce n’est qu’elle narre la correspondance entre une jeune hindoue que son mari délaisse, avec un employé administratif, chrétien, sur le point de partir à la retraite, et qui doit être remplacé par un collègue, musulman, qu’il a du mal à supporter.
Au-delà des différences religieuses et culturelles des trois protagonistes, ce que nous enseigne le film de Ritesh Batra, c’est une pratique totalement inattendue. En effet, chaque jour à Bombay, ce sont environ 200 000 gamelles (dabba) qui sont préparées à la maison par les épouses ou même par des restaurateurs pour les célibataires et livrées par tous les moyens de transports imaginables par les dabbawallahs aux employés de bureau sur leur lieu de travail. C’est à la suite d’une méprise dans la livraison du repas de son époux que Ila Singh, une jeune femme au foyer commencera une relation épistolaire avec  Saajan Fernandes, sous forme de petits mots joints à la gamelle qu’elle prépare chaque jour.
Sur le contexte professionnel, on peut noter que, à quelques détails près, l’entreprise indienne est peu différente de nos administrations européennes : les employés y occupent un open-space où les bureaux sont disposés en ligne, tous tournés dans la même direction. Et quand les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs, le « chef » vous reçoit dans son bureau pour une remontée de bretelles en règle. Mais heureusement, se retrouver seul dans le réfectoire à l’heure du déjeuner pour déguster le repas amoureusement concocté par une jeune femme et livré par le dabbawallah, apporte tout le réconfort possible …
Un dabbawallah


lundi 11 avril 2016

Un débat sur "Le monde du travail au théâtre" dans le cadre de "La Grandes escale des tréteaux" le 19 juin 2016.

Dans le cadre du festival théâtral "La Grande escale des Tréteaux" qui se tiendra du 26 mai au 2 juillet 2016 au Théâtre de l’Épée de Bois - Cartoucherie (Paris 12e), Les Tréteaux de France, une compagnie dirigée par Robin Renucci, propose un débat sur :

 "Les représentations du monde du travail dans la création théâtrale d'aujourd’hui".

Il se tiendra le dimanche 19 juin à 16 h avec la participation de Guy Alloucherie - Alexandra Badea - Dominique Méda – Christophe Moyer -Joël Pommerat et, sous réserves, Robin Renucci, et devrait être animé par Sylvie Martin-Lahmani d’Alternatives Théâtrales (Belgique, sous réserve).

Une information transmise par l'excellent blog Théâtre & Monde du Travail.

Le communiqué des Tréteaux de France à retrouver sur le site de la compagnie :
Depuis longtemps le théâtre s’intéresse au Travail comme source d’inspiration. Mais à l’heure où le modèle mondialisé montre des signes de profondes mutations, le théâtre peut-il contribuer à promouvoir de nouvelles formes de travail? Avec les artistes et penseurs invités, les Tréteaux de France souhaitent réfléchir à la création artistique comme force de renouvellement et aux possibles vertus de l’intermittence en tant que modèle d’organisation du travail.

samedi 9 avril 2016

Au cœur d’une imprimerie et d’une blanchisserie dans « Le crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir (1936)

Le crime de Monsieur Lange c’est avant tout un drame, qui finira donc tragiquement, du moins pour l’un des personnages de cette fiction de Jean Renoir de 1936. C’est aussi la vie quotidienne d’une arrière-cour parisienne située au milieu d’immeubles occupés par des entreprises, au rez de chaussée, ou par des locataires dont certains, d’ailleurs, travaillent dans la blanchisserie ou la maison d’édition où se déroulera l’essentiel de l’action. Nous ne nous attarderons pas plus longtemps sur cette trame qui verra un employé modèle, auteur de romans d’aventures à ses heures, assassiner un patron machiavélique, séducteur, manipulateur, magistralement interprété par Jules Berry, qui spoliera tour à tour ses salariés, ses fournisseurs et qui ira jusqu’à usurper l’identité d’un prêtre mort au cours d’un accident ferroviaire dont lui-même, alors en fuite, réchappera.
Car Le crime de Monsieur Lange c’est surtout l’atmosphère des ateliers d’imprimerie ou des bureaux de l’éditeur puisqu’à l’époque les deux fonctions sont cumulées, où les ouvriers ou employés évoluent dans un esprit de franche camaraderie qui les conduira à créer une coopérative, l’ancêtre des SCOP, dans un climat qui fleure bon le Front Populaire.
C’est le même esprit qui prévaut au sein de l’atelier voisin des blanchisseuses, les jeunes femmes semblent heureuses de leur sort, évoluant au milieu du linge tout en bavardant et jonglant avec les fers en fonte qu’elles approchent de leur joue pour en vérifier la température.
Ce n’est pas un hasard si ce film coïncide avec le début de la collaboration du maître avec le Parti Communiste Français dont l’un des points culminants sera la réalisation de La bête humaine en 1938, comme l’explique Antoine Rensonnet dans son excellent blog De son coeur le vampire.

Pour aller plus loin : un extrait du film ... sous titré en espagnol !



dimanche 21 février 2016

Mondialisation, logistique portuaire et une femme de ménage dans "Ma part du gâteau" un film de Cédric Klapisch (2011)

Cédric Klapisch a-t-il été trop ambitieux ou ne voulait-il simplement pas réaliser une véritable comédie sociale avec cette "Ma part du gâteau", son film de 2011 ? Alors que les ingrédients semblaient être réunis, le résultat est un mélange entre une critique de la mondialisation et de ses effets dévastateurs, une chronique de la lutte des classes au sein d'une entreprise du nord de la France, et une histoire d'amour qui serait banale si elle ne s'instillait entre deux personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer.
France, le personnage principal, personnifiée par une remarquable Karin Viard, est une mère courage qui élève seule ses trois filles, et qui doit aller travailler à Paris, suite à son licenciement provoqué par les affreuses spéculations de traders basés à Londres. Elle était jusqu'alors salariée dans une entreprise qui gère des containers, à Dunkerque, et se fait embaucher comme femme de ménage particulière chez Stéphane (Gilles Lellouche), justement  l'un des requins de la finance responsables de sa situation. Elle s'en rendra compte, après avoir eu une relation avec lui, favorisée par la proximité qu'elle développe avec son fils dont il ignorait pratiquement jusqu'à présent l'existence . S'apercevant qu'elle a été trahie par Stéphane, qui n'a aucun sentiment pour elle, et qu'il est à l'origine de la casse occasionnée dans son entreprise, elle le fera venir à Dunkerque après avoir kidnappé son enfant, et le "dénoncera" à ses anciens collègues. Le film s'achève alors qu'elle est emmenée par les gendarmes, le sentiment d'injustice n'en est que plus fort, tandis que lui même s'enfuit, poursuivi par les ouvriers de l'entreprise dont il a scellé le sort par ses spéculations.
Sur le monde du travail, si Cédric Klapisch nous montre un peu le monde des salles de marché et sa tension palpable, il nous dévoile à peine l'univers portuaire et la manipulation des containers, est esquisse tout au plus la lutte syndical pour la défense des emplois. Au  registre du métier de femme de ménage, les scènes sont elle aussi limitées, puisque France travaille seule au domicile du trader, où elle repasse, passe l'aspirateur, s'occupe de son fils ou, exceptionnellement, assure le service lors d'une réception organisée par Stéphane dans son luxueux appartement.

mercredi 10 février 2016

L'exploitation de carrières dans les îles Éoliennes dans "Vulcano" un film de William Dieterlé (1950).

La genèse de Vulcano est déjà à elle seule toute une histoire, intimement liée à celle du maître Rossellini, et de l’actrice Anna Magnani comme l’explique Telerama dans cet article. C’est la grandissime tragédienne que l’on trouve dans le rôle principal de ce drame réalisé en 1949 par William Dieterle qui raconte le retour d’une femme sur son île natale, assignée à résidence après s’être prostituée sur le continent, et qui souffrira de l’hostilité de la population. Magdalenna luttera pour éviter que sa jeune sœur, Maria, ne subisse le même sort qu'elle et ne tombe dans les griffes d’un souteneur.
Elle cherchera à subsister en travaillant, à cette occasion nous pourrons observer le travail dans une mine. Si un dialogue dans le film fait allusion au ramassage de pierres ponces, il s’agit plus vraisemblablement ici d’une carrière de souffre, ce qui  semble logique en raison du caractère volcanique de l’ile. Cet environnement peut être rapproché des images d’un autre film, "Fils de personne", qui lui se déroule dans une exploitation de marbre dans la région de Carrare.

Dans Vulcano, les scènes qui se déroulent dans la carrière montrent les hommes, positionnés au sommet de la montagne, qui à l'aide d'un pic, font tomber la poussière de roche ou le sable que les femmes chargent dans des wagonnets dont le contenu est ensuite vidé dans le précipice qui domine la mer. Les conditions de travail sont pénibles, accentuées par le soleil brûlant, la pause déjeuner est donc la  bienvenue. Elle est annoncée par le chef de chantier qui la sonne à l’aide d’un gros coquillage qui fait office d’olifant. Les ouvrières vont alors récupérer les panier-repas qu’elles ont apportés le matin, tandis que leurs collègues masculins dévalent la pente de la montagne en glissant harmonieusement sur leurs deux pieds, tels des skieurs, changeant de direction ou se freinant en plantant élégamment derrière eux leur outil.

samedi 30 janvier 2016

Le mal de vivre d'un cadre du marketing dans une chanson des années 70 : "Ce lundi-là" de Michel Delpech (1976)


C’est malheureusement sa disparition qui a fait ressortir ce titre de 1976 de Michel Delpech, davantage connu pour ses bluettes et ses succès populaires, comme « Chez Laurette », « Pour un flirt » ou encore « Le Loir et Cher ». Il avait certes donné un aperçu de ses capacités d’interprète réaliste, avec par exemple « Les divorcés », mais qui se souvenait de cette chanson dans laquelle il exprime le mal de vivre d’un cadre d’une entreprise qui décide, un matin, de tout plaquer ?
Dans « Ce lundi-là », il raconte le blues de Jean-Pierre, certainement un cadre, qui décide de tout laisser et de ne pas se rendre au bureau, ni de rentrer chez lui. Frappé par ce qui toucherait aujourd’hui plutôt les quadragénaires ou les quinquagénaires en quête de sens, il travaille « au marketing », ce qui est certainement encore peu courant dans les années 70. Mais il n’a plus goût à cette vie où la  seule motivation est «  d'avoir un jour un compte en Suisse ». Il a l’impression de « vivre déjà comme un vieux », avec la perspective insupportable que ses enfants «  lui ressembleraient de plus en plus ».
Comme dans "Il ne rentre pas ce soir",  la chanson d’Eddy Mitchell, qui évoque le cas d’un licenciement, on ne sait pas ce qu’il adviendra du personnage que ses collègues attendront en vain pour le déjeuner. Le contexte reste cependant le même, celui de la crise économique, mais dans la chanson de Michel Delpech nous voyons un salarié victime de stress qui tient grâce à une prise de tranquillisants, des « saloperies pour arriver à s'endormir », qui a perdu toute motivation dans son travail. Sa vie personnelle ne lui apporte plus non plus le bonheur du début, quand Michelle, son épouse,  « lui téléphonait trois fois par jour à son travail », partageant ainsi une « vraie complicité ». A l’époque, « la vie n'était jamais sérieuse » c’était « une de ses périodes heureuses qui ne se retrouvent pas ».

Voilà pourquoi, ce lundi-là.........il s' en allait ...

Pour aller plus loin :

samedi 23 janvier 2016

Monsieur Hulot dans l’industrie plasturgique : « Mon oncle », un film de Jacques Tati (1958)

En critique avisé de l’époque moderne voir moderniste au travers du regard ingénu et poétique de son personnage récurrent, M. Hulot, Jacques Tati ne pouvait faire l’économie d’une satire de l’entreprise industrielle du 20ème siècle. Dans « Mon oncle », son film de 1958, il s’attache à railler la société de consommation dont son héros à l’imperméable caractéristique est très éloigné, par la description d’une de ces familles résidant dans une de ces habitations futuristes que l’on nous prédisait à l’époque. Cette maison, située dans la banlieue parisienne est tenue par la sœur de Hulot, Mme Arpel, qui passe ses journées à jouer avec les tout nouveaux appareils électroniques qui lui jouent parfois des tours, ou qui effraient Georgette, la bonne. Elle refusera ainsi de passer devant des capteurs qui doivent libérer ses employeurs bloqués dans le garage après que la porte automatique se soit refermée à cause du passage du chien de la famille.
Le chef de famille, M. Arpel est directeur d’une entreprise de fabrication de tuyaux en plastique, la Plastac. Le site de fabrication qui se trouve visiblement dans l’une de ces nouvelles zones industrielles de la périphérie, produit 40 000 m de tube par mois, une production en continu, matérialisée par un long serpent que portent sur l’épaule les ouvriers qui déambulent dans les couloirs ou à l’extérieur des bâtiments.
Le couple vit dans l’illusion du bonheur ostentatoire, exhibant sa richesse et ses nouvelles acquisitions à son voisinage, ses relations professionnelles ou à sa famille et ne comprenant pas que M. Hulot se complaise dans une vie faite de bonheurs simples et authentiques qui ravissent son neveu, ce qui pourrait devenir subversif. Ils tentent donc de le faire embaucher au sein de la Plastac comme opérateur de fabrication. Ce sera un échec puisque le grand échalas ne réussira pas à s’adapter aux exigences de la chaîne de production, adoptant au passage des attitudes et un comportement proches de ceux de Charlie Chaplin dans « Les Temps modernes », un film que nous ne tarderons pas à traiter dans ce même blog.
L’intégration du nouveau salarié passe par le service du personnel, dont le chef, M. Walter, lui expose les horaires de travail : de 8 h à 12 h et de 13 h à 18 h, l’heure de pause étant réservée au déjeuner. Le jour de repos est le dimanche, ce qui nous rappelle qu’à cette période, on travaillait aussi le samedi.
La matière première est constituée de différents objets en plastique, destinés au rebut, ce qui peut paraître surprenant pour un temps où les préoccupations environnementales étaient totalement étrangères. Ces déchets sont curieusement livrés par une charrette attelée à un cheval, concession faite à cette modernité ; c’est d’ailleurs par ce moyen de locomotion que M. Hulot quittera la fabrique accompagné de son jeune neveu, l’équipage emportant également une partie des « produits non conformes » générés par la négligence de cet oncle décidément inapte à intégrer cette société de la fin du 20ème siècle. En effet, chargé de surveiller un processus de fabrication, il finira par somnoler, bercé, il est vrai par le jet continu de vapeur continu d’une tuyauterie. La machine se dérègle, elle est prise de hoquets, au lieu du long et lisse boudin de caoutchouc, elle vomit un tube ponctué de turgescences, régulières au début tel un chapelet de saucisses, puis totalement difformes ensuite, malgré ou à cause de l’intervention de notre sympathique ouvrier. Un de ses collègues, portant comme la plupart des lunettes noires, un masque et des gants, est pris d’un fou rire, tandis que Pichard, vêtu d’une blouse blanche et que l’on pourrait apparenter à un directeur de production, se désespère et s’efforce de cacher le désastre à un client à qui le directeur est en train de faire visiter l’usine.

L’expérience ne durera donc pas plus d’une journée. De cette entreprise moderne, nous pourrons noter qu’elle est organisée selon le
Taylorisme
, avec un management très structuré que l’on retrouve dans l’organisation. Le directeur bénéficie par exemple de a propre place de parking. La Plastac dispose aussi d’un pool de secrétaire-dactylographes devant lequel M. Hulot passe alors  qu’il va rejoindre son poste de travail. Incorrigible, il ne manquera pas de jouer avec le chien du directeur, son beau-frère. C’est qu’à l’époque, il n’était pas rare de voir les dirigeants venir au bureau accompagnés de leur animal de  compagnie.



dimanche 27 décembre 2015

Le recyclage d’appareils électroniques dans un ESAT dans le film "Superstar" de Xavier Giannoli (2012)

"Superstar" pourrait faire l'objet d'une étude sur les conditions de travail dans le monde impitoyable de la télévision et plus encore sur les relations interpersonnelles épouvantables et la manipulation dont sont victimes ou coupables les producteurs et les divas du  petit écran et leurs collaborateurs. Le sujet, improbable mais interpellant, est celui de Martin Kazinski, un anonyme qui, à cause des réseaux sociaux, est projeté sur le devant de la scène, sans que l'on sache pourquoi et comment cette célébrité involontaire ait commencé. La réflexion proposée par le réalisateur réside dans la puissance et la dangerosité des nouveaux médias, et leur capacité à fabriquer des stars totalement artificielles et éphémères.
C'est sous l'angle de l'entreprise industrielle que nous l'évoquerons, même si cette partie est la plus réduite dans ce film de Xavier Giannoli de 2012. Au tout début, avant de devenir « l'homme qui ne voulait pas être célèbre », Martin est ouvrier dans une entreprise dont l'activité est de «désosser» des appareils électroniques afin de les recycler. Avec une particularité puisque, sans que l'on sache s'il s'agit d'un E.S.A.T.  (Etablissement et Service d'Aide par le Travail), les salariés sont composés en partie de travailleurs  handicapés, déficients mentaux. Martin est très proche d'eux, plus encore d'un jeune trisomique qui ne traite que la touche «x» des claviers d'ordinateurs, cette proximité permet au réalisateur d'appuyer un peu plus sur la superficialité du monde de la télévision comparé à celui d'une entreprise industrielle, dont les ouvriers sont même improprement qualifiés de «débiles légers» au milieu du film.
Il est à noter que ces salariés portent des tenues très ressemblantes à ceux de Bretagne Ateliers, une entreprise adaptée dont nous avons parlé dans ce blog (Comment Bretagne Ateliers gère ses compétences), et qui semble poursuivre son activités après avoir subi les affres de la crise automobile de ces dernières années.