Affichage des articles dont le libellé est mondialisation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mondialisation. Afficher tous les articles

samedi 23 mars 2024

"Toni Erdmann" : le monde du conseil et de l'audit international dans un film allemand de 2016 avec Sandra HULLER


Bien avant d'être remarquée pour sa magnifique interprétation dans le multi-primé "Anatomie d'une chute", l'actrice allemande Sandra HULLER interprétait le rôle principal dans le film "Toni Erdmann" en 2016.

C'est l'histoire, plutôt originale, d'un père qui se rend compte que sa fille, consultante pour une grand cabinet international, occupe un poste important empreint de responsabilités, mais que sa vie est insipide.  A l'occasion de l'anniversaire de sa grand-mère maternelle, son père la surprend en train de feindre une conversation téléphonique à caractère professionnel. Elle mène une existence totalement fausse, soumise au monde sans pitié du capitalisme. Quand ce n'est pas elle-même qui instaure une pression, certes sans violence, à sa collaboratrice. Elle lui demandera par exemple de lui prêter son chemisier pour assurer une présentation devant un important client puisqu'elle a tâché le sien de sang. 

Ines Conradi est donc une consultante de haut vol, expatriée à Bucarest, qui cherche à convaincre une grosse compagnie pétrolière américaine de se restructurer, ici en Roumanie, avec à la clé des suppressions de postes, ce qui ne lui pose aucun cas de conscience. 

L'aspect professionnel tel qu'il est décrit demeure plausible, les journées d'Ines sont ponctuées de réunions animées à l'aide de présentation vidéoprojetées, de visites de sites industriels, de réception en ambassades, et de négociations. Inès est très investie dans sa mission, elle cherche à évoluer et doit normalement prendre un poste plus important en Chine. Elle en paie le prix fort puisqu'elle ne relâche jamais la pression et ne laisse jamais rien au hasard, elle cherche régulièrement à s'évaluer et bénéficie même de l'apport d'un coach extérieur. Les luttes de pouvoir entre les différents collaborateurs est perceptible, cependant, il semble que tous soient très vigilants au respect de l'égalité et de la diversité. Le sexe et la drogue font bien sûr partie de cet univers, comme tout le reste, ils semblent programmés, organisés comme toute la vie de ces businessmen.

Son père interviendra tel un chien dans un jeu de quilles dans ce contexte de mondialisation, et aidera sa fille à ouvrir les yeux sur le peu de moralité de sa fonction, en comprenant que tout n'est pas si manichéen. Ce sera l'occasion de scènes plutôt drôles bien que peu réalistes. Inès finira par organiser une réunion dans sa suite où elle demandera à ses collègues, sa collaboratrice et son responsable de venir nus. Ce que la plupart exécuteront, pris par l'aveuglement inhérent à ce monde sans foi ni loi.

Le film a bénéficié d'un excellent accueil au Festival de Cannes (2016) au cours duquel il a obtenu le Prix de la critique internationale.


dimanche 21 février 2016

Mondialisation, logistique portuaire et une femme de ménage dans "Ma part du gâteau" un film de Cédric Klapisch (2011)

Cédric Klapisch a-t-il été trop ambitieux ou ne voulait-il simplement pas réaliser une véritable comédie sociale avec cette "Ma part du gâteau", son film de 2011 ? Alors que les ingrédients semblaient être réunis, le résultat est un mélange entre une critique de la mondialisation et de ses effets dévastateurs, une chronique de la lutte des classes au sein d'une entreprise du nord de la France, et une histoire d'amour qui serait banale si elle ne s'instillait entre deux personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer.
France, le personnage principal, personnifiée par une remarquable Karin Viard, est une mère courage qui élève seule ses trois filles, et qui doit aller travailler à Paris, suite à son licenciement provoqué par les affreuses spéculations de traders basés à Londres. Elle était jusqu'alors salariée dans une entreprise qui gère des containers, à Dunkerque, et se fait embaucher comme femme de ménage particulière chez Stéphane (Gilles Lellouche), justement  l'un des requins de la finance responsables de sa situation. Elle s'en rendra compte, après avoir eu une relation avec lui, favorisée par la proximité qu'elle développe avec son fils dont il ignorait pratiquement jusqu'à présent l'existence . S'apercevant qu'elle a été trahie par Stéphane, qui n'a aucun sentiment pour elle, et qu'il est à l'origine de la casse occasionnée dans son entreprise, elle le fera venir à Dunkerque après avoir kidnappé son enfant, et le "dénoncera" à ses anciens collègues. Le film s'achève alors qu'elle est emmenée par les gendarmes, le sentiment d'injustice n'en est que plus fort, tandis que lui même s'enfuit, poursuivi par les ouvriers de l'entreprise dont il a scellé le sort par ses spéculations.
Sur le monde du travail, si Cédric Klapisch nous montre un peu le monde des salles de marché et sa tension palpable, il nous dévoile à peine l'univers portuaire et la manipulation des containers, est esquisse tout au plus la lutte syndical pour la défense des emplois. Au  registre du métier de femme de ménage, les scènes sont elle aussi limitées, puisque France travaille seule au domicile du trader, où elle repasse, passe l'aspirateur, s'occupe de son fils ou, exceptionnellement, assure le service lors d'une réception organisée par Stéphane dans son luxueux appartement.

dimanche 15 février 2015

Les conséquences humaines des fusions d’entreprises dans le livre de Sandro Veronesi « Chaos calme » (2005)

#01 L’impact des fusions d’entreprises sur les organisations et les salariés

Une fois de plus, l’entreprise n’est pas le cadre de l’intrigue de ce roman italien qui a remporté le prix Strega en 2006 et qui a ensuite été porté à l’écran par Antonello Grimaldi, avec dans le rôle-titre, l’un des acteurs transalpins les plus réputés, Nanni Moretti.  Ce serait même plutôt le contraire puisque, justement, le personnage principal délaisse son emploi de cadre supérieur au sein d’une multinationale sur le point d’imploser sous le coup d’une fusion, et décide que "son travail sera de ne plus travailler". En effet, le quadragénaire qui vient de perdre son épouse, accompagne sa fille Claudia le jour de la rentrée scolaire, et décide à l’improviste, de rester  à l’attendre toute la journée dans son véhicule, devant l’école.
Le lendemain et les jours suivants, il recommence. Ses collègues viennent successivement lui  rendre visite dans ce bureau improvisé, sa grosse « Audi A6 3000 » stationnée chaque matin devant l’école que fréquente sa fille. Un jour c’est Enoch, le chef du service du personnel qui vient s’épancher auprès de Pietro sur la fusion en cours. Il lui remet les 3 feuillets qu’il a dactylographiés le matin même à 5 heures du matin, et dans lesquels il a mis « tout ce qu’il avait sur le cœur » (Cf ci-dessous paragraphe #02).
Au travers du point de vue de ce DRH, curieusement affublé du titre de « Chef du service du personnel », Sandro Veronesi dresse une analyse remarquable, il synthétise très précisément les conséquences structurelles et humaines des fusions d’entreprises. Sans militantisme aucun, il met en exergue la valeur du capital humain de l’entreprise et sa capacité à générer de la valeur. Il décrit avec une acuité quasi-scientifique les répercussions sur les salariés de ces regroupements de multinationales ainsi que les pathologies qu’ils risquent de développer par une somatisation de leur stress et de leur mal-être. Il s’attache aussi à relever les conséquences humaines sur les organisations, avec une disparition de la culture d’entreprise et de la confiance, et sur le plan sociologique, une perte du plaisir de travailler en équipe avec ses collègues qui deviennent de véritables rivaux. Et de conclure par le constat d’une perte de compétences de l’entreprise et de l’échec irrémédiable de ces méga-fusions.
Situées au 1er tiers de ce livre, cette approche d’un des aspects des conditions de travail n’y occupe qu’un plan secondaire, et pourrait même sembler incongrue par rapport à l’intrigue. Le travail extrêmement documenté de l’auteur, étrangement renforcé par la mise en gras des termes ou idées importants, en insuffle toute la valeur.


#02 L’analyse du chef du service du personnel
Les 3 feuillets remis par Enoch à Pietro commencent par sa définition des fusions :
« Qu’est-ce qu’une fusion ? Une fusion est le conflit de deux systèmes de pouvoir qui en crée un troisième pour des finalités financières. Elle est conçue pour générer de la valeur, mais la génération de valeur est un concept bon pour les actionnaires, ou pour les banques d’affaires, pas pour les êtres humains employés dans les entreprises, pour qui au contraire la fusion est le plus violent traumatisme qu’on puisse leur infliger au travail. Une fois qu’on a  trouvé l’accord sur la transaction, ce qui n’est pas facile, on a tendance à croire que le plus gros est fait. Cette conviction découle de la sous-estimation que le monde de l’économie réserve au facteur humain et, plus généralement, à la psychologie. Mais c’est une erreur. Les principaux problèmes dans une fusion ne sont pas liés au document qui la sanctionne. »
La lecture de la note écrite en Arial reprend : « Avant les chiffres, en effet, une entreprise est faite par les hommes qui y travaillent, c’est-à-dire par ses salariés, et après l’annonce d’une fusion la réaction de tout salarié à tout niveau est l’incertitude. A qui dois-je me fier ? Qu’est-ce qui m’attend ? Va-t-on me garder ou me renvoyer à la maison ? Mes fonctions vont-elles changer ? Comment mes problèmes seront-ils résolus ? Réussirai-je à garder les privilèges que j’avais conquis ? Aucun ne se soucie de génération de valeur tant que la nouvelle organisation n’aura pas répondu à ces questions, en lui garantissant une nouvelle légitimité. Pendant une fusion, il faudrait parler avec les salariés, les informer et les tenir au courant le plus souvent possible ; le salarié a besoin de confiance, de sentir qu’on ne le considère pas seulement comme un pion ; on lui réserve en revanche un discours-standard, pondu une fois pour toutes par quelques conseillers en communication interne, qui a pour tout effet d’augmenter ses inquiétudes. Ces déclarations aseptisées sur de futures synergies qui ne touchent pas le personnel sont pure hypocrisie puisque tout le monde sait que la seule garantie concrète pour générer de la valeur sur les marchés est une réduction des coûts de l’entreprise, et les réductions de coûts sont réalisées à  80 % par des compressions de personnel. »
Pietro passe alors à la deuxième page : « Ainsi les salariés pendant une période de fusion entrent ils dans une zone de constantes turbulences. Il s’agit d’une période assez critique qui peut durer très longtemps et pendant laquelle le sentiment dominant est l’angoisse. Une angoisse qui, si on la néglige, d’individuelle peut devenir collective ou même se transformer en panique ; l’expérience au contact avec le personnel pendant une fusion enseigne que l’impact est double. Au plan physique, la machine humaine tend à sentir davantage de stress et de fatigue et à accentuer toutes les propensions naturelles à la somatisation, avec une augmentation sensible des allergies, troubles respiratoires, cystites, migraines, dermatites, et, chez les femmes, candidoses, aminorrhées (sic) et dysminorrhées (sic) ; tandis qu’an plan psychologique, les esprits sont envahis par l’incertitude, tout événement suscite des émotions anxiogènes telles que la peur, l’angoisse, le découragement et la frustration qui, à leur tour produisent de graves symptômes de dépression, d’autant plus graves que les personnes concernées sont instinctivement poussées à les refouler car elles appartiennent à une culture de pure performance, où l’existence de ce genre de troubles est tout simplement inconcevable. »

Après avoir fait remarquer à Enoch son erreur sur l’orthographe de « aménorrhées » et « dysménorrhées » que celui-ci s’empresse de corriger, Pietro reprend le fil de sa lecture :
« Cet impact est plus dévastateur pour la tranche d’âge entre quarante et cinquante ans, quand le potentiel d’adaptation est inférieur et que le risque de perdre au change est beaucoup plus élevé. On a l’impression de régresser, on perçoit un sentiment d’injustice. Le traumatisme à absorber est énorme : on était attaché à une culture d’entreprise, à une équipe, à des collègues avec qui on travaillait avec plaisir, dans un esprit de corps. Quand on se retrouve en face des autres, c’est dur. Même s’il est précisé d’entrée de jeu que ce sont eux les « victimes », il s’agit bien de l’ennemi qui se matérialise. Hier encore, on était en rude compétition avec eux, soudain, les voici qui pénètrent notre environnement. On se sent envahi, ne serait-ce que physiquement et on ressent le désir de les envoyer balader, de leur dire qu’on s’en sortait très bien sans eux. Et au contraire, il faut travailler ensemble, et le choc est grand ; on a vu des cadres provenant d’entreprises classiques, où les titres et la hiérarchie sont sacrés na pas réussir à supporter de participer à des groupes de travail avec du personnel provenant de l’autre entreprise, de rang hiérarchique nettement inférieur, au nom d’une compétence commune contingente. »

Arrivé à la fin de cette deuxième page, Pietro se demande si Enoch ne cherche pas finalement à le mettre mal à l’aise en lui soumettant ce texte, pour lui rappeler qu’il peut lui aussi devenir chômeur, lui, Pietro, déjà affaibli par le récent deuil. Il enchaîne avec la lecture  du dernier feuillet :
«  C’est une situation très déstabilisante, et seulement trois catégories de personnes réussissent à le supporter : les fidèles des fidèles, ceux qui tournent leur veste et les collabos. Tous les autres risquent de sombrer. Il faut développer une grande résistance, physique et psychologique, pour ne pas s’écrouler et rares sont ceux qui y parviennent sans une assistance appropriée. Mais une telle assistance n’existe pas. Alors, la conséquence la plus courante est que pendant les fusions, un grand nombre d’excellents éléments quittent volontairement leurs fonctions, avant même que la fusion soit achevée ; ce qui à courte vue, est reçu positivement car l’étape suivante de la compression de personnel est allégée d’autant, alors que cela représente au contraire une perte sèche. Car les hommes et les femmes qui partent emportent avec eux leur savoir et leurs capacités techniques et en comparaison de la valeur virtuelle créée sur les marchés, le résultat réel est un terrible appauvrissement. Voilà pourquoi on n’a encore jamais vu de grande fusion ne pas échouer nom de Dieu, au bout d’un an ou deux. »

Caos calmo (Edition originale - Bompiani) – Sandro Veronesi.

Chaos calme (Edition française - Bernard Grasset) – Sandro Veronesi - Traduction de Dominique Vittoz avec le concours du Centre National du Livre.




samedi 28 juin 2014

"Des vivants et des morts" : une fresque sociale de Gérard Mordillat autour d’une fabrique de fibre plastique.

La diffusion sur Arte de cette mini-série en 8 épisodes, "Des vivants et des morts", remonte à mai 2012. Faute d’avoir lu le livre, nous pouvons raisonnablement penser qu’elle respecte fidèlement l’œuvre dont elle est tirée puisque c’est Gérard Mordillat qui l’a adaptée lui-même à partir de son propre roman (Les vivants et les morts - Calmann Lévy 2005)
L’histoire est plausible, nous découvrons une entreprise industrielle assez classique, une fabrique de fibres plastiques la K.O.S. dans laquelle les salariés sont impliqués au plus haut point. Ils iront jusqu'à risquer leur vie pour sauver leur outil de travail suite à une inondation. Avec certes, un soupçon de romanesque, mais c’est le parti pris de l’auteur pour montrer ce degré d’investissement des ouvriers. Les différents protagonistes sont correctement installés dans leurs rôles, les acteurs sont convaincants, Robinson Stévenin en tête. Le réalisateur ne nous donne pas à voir des caricatures de personnage.
Les premières scènes permettent d’évaluer les stratégies des différentes classes sociales au travers de leurs représentants : actionnaires, dirigeants ou salariés. Car toute la trame s’articulera autour de  la réduction d’effectifs, avec d’inévitables licenciements à la clé, voire de la fermeture pure et simple de l’unité de production. Un événement qui touche Rudy (Robinson Stévenin) dont l’épouse Dallas doit effectuer des heures de ménages chez un médecin pour que le couple puisse s’en sortir. En effet, pour faire face aux dépenses et au remboursement du foyer, le  salaire de son mari ne suffit pas. Ce dernier refusera un poste de maîtrise dans la nouvelle organisation, ce que s’empressera d’accepter son meilleur ami à qui le poste est ensuite proposé. La trahison, donc, mais aussi la peur avec la situation difficile d’une autre salariée, une jeune femme dont le mari est en « longue maladie », et qui voit s’abattre sur elle la menace d’une perte de revenus.
Sans abandonner totalement le parcours des protagonistes, la suite de la série prendra un tour davantage politico-financier, avec le rachat de la K.O.S. par un groupe américain, une délocalisation et la mise en relief très réaliste de l’impuissance des élus ou des institutions, Maire, Préfecture, Direction du travail … face aux lobbies financiers.
Les salariés se replieront alors dans un état de résistance proche d’un état de guerre qui aboutira à une prise d’otages au sein du site de production.
Sur un plan sociologique, Gérard Mordillat décrit aussi les mécanismes qui, en période de crise, conduisent à la xénophobie et au racisme.
Une série réussie, on pourra seulement regretter quelques excès dans le scénario, à l’instar de ce Directeur Général qui, par amour pour une salariée, quitte sa femme et ses filles, dont l’une d’elles est tombée enceinte à la suite d’une relation avec un apprenti de l’entreprise.

Pour retrouver un bref résumé des 8 épisodes, voir le site d'Arte.

lundi 25 novembre 2013

"Elisabeth ou l'équité" : une pièce de théâtre avec Anne Consigny

C'est à partir d'une œuvre d'Eric Reinhardt que Frédéric Fisbach a monté cette pièce, dans laquelle Anne Consigny interprète une DRH qui se débat dans un monde masculin. Elle doit faire face à des conflits sociaux et des fermetures de sites car son entreprise est détenue par un fonds de pension américain. Un événement dramatique bouleversera sa position au risque de se faire anéantir par le système, sur fond d'intrigues politico-financière et de mondialisation. Elle cherchera une issue par la quête du sens premier de "l'équité".
Dans cette pièce, l'entreprise et y est appréhendée d'un point de vue original, celui d'une cadre supérieure. C'est du moins l'analyse qu'en fait Gilbert Edelin, co-créateur du blog "Théâtre et entreprise", un site extrêmement bien documenté sur le monde du travail et la façon dont il est abordé dans le théâtre, créé par l'association du même nom. 
Voici un extrait de l'article qui peut être consulté à cette adresse : "D'abord, s'il n'est pas si fréquent que le théâtre s'intéresse au social, au monde du travail, à l'entreprise, il est rarissime qu'on y traite des cadres supérieurs, placés entre leur loyauté à l'entreprise et leurs valeurs humaines. Cette "caste" avec ses privilèges mais aussi ses contraintes est un sujet que le radar des médias et de la culture n'accroche pas: malgré son rôle dans les conflits sociaux on n'aborde en général l'entreprise que par la base, qui s'exprime plus naturellement et plus facilement par ce canal, qui est même un outil de lutte."
Production Théâtre du Rond-Point / Le Rond-Point des tournées, coproduction Théâtre Liberté / Toulon, Cie Frédéric Fisbach
Le texte a été publié le 3 novembre 2013 aux éditions Stock.
 



 

mardi 3 avril 2012

Les effets de la crise économique dans les années 1970 : "Il ne rentre pas ce soir", une chanson d'Eddy Mitchell

Déjà en 1978, "Schmoll", alias Eddy Mitchell relatait le désarroi des cadres suite à la perte de leur emploi. La crise économique des années 70 est passée par là, et si les ouvriers sont les premiers touchés, comme le chantait Bernard Lavilliers dans Mains d'or, les cols blancs ne sont pas épargnés. Prémices de la mondialisation, comme l'explique "Le grand chef du personnel", "Une multinationale s'est offert notre société". Autant que le manque de ressources financières et le spectre du chômage à un âge délicat, "Etre chômeur à son âge - C'est pire qu'un mari trompé", c'est la perte du statut que doit subir ce cadre : " Fini le golf et le bridge - Les vacances à St Tropez - L'éducation des enfants - Dans la grande école privée". Il faut dire qu'à l'époque, la perte de son emploi constituait une véritable opprobre, la même que celle qui touchait les couples qui se séparaient ou divorçaient. Ce qui explique peut-être le parallèle avec "le mari trompé". Les conséquences de ce drame social ne sont pas connues, tout peut être imaginé, puisque "il ne rentre pas ce soir".

dimanche 11 mars 2012

De mémoire d'ouvriers : le nouveau film de Gilles PERRET



Dans la veine, semble-t-il de son excellent Ma mondialisation, Gilles Perret propose un nouvel opus de son  histoire sociale française, sous le prisme de l'histoire industrielle de la Savoie, et, de nouveau des effets de la globalisation sur cette région.
Pour Telerama, le film présente "des témoignages forts, en particulier ceux des travailleurs âgés qui ont connu des conditions de travaildures, mais aussi la vigueur d'une solidarité aujourd'hui disparue", mais le magazine culturel national regrette " une facture un peu vieillotte, façon ORTF, qui en aténue la portée".

Pour Le Monde, l'oeuvre de Perret "repose sur la repose sur la parole, d'autant plus forte qu'elle est ancrée dans l'histoire locale, d'historiens et d'ouvriers", et "raconte l'épopée d'une vie rude mais solidaire où le paternalisme patronal, les revendications sociales, la fierté du travail, le cosmopolitisme universaliste, la foi dans le progrès, la dignité d'une retraite durement gagnée façonnaient une culture spécifique". Des valeurs submergées par "la puissance dissolvante du libéralisme économique et du capitalisme mondialisé", au profit d'actionnaires "invisibles et omnipotents" dont les ravages sont visibles en Savoie : "usines démembrées, travail dévalorisé en faveur de la seule logique du profit, ouvriers précarisés et démotivés".

Le site officiel du film : De mémoire d'ouvriers


mercredi 17 août 2011

Conditions de travail dans la chanson : l'industrie métallurgique pour Yves Montand et Bernard Lavilliers

Les références à l'industrie lourde sont certainement nombreuses, mais puisqu'il faut bien commencer, nous commencerons par une simple allusion à la condition du "tourneur chez Citroën", évoquée par Yves Montand dans "Les grands boulevards (Paroles: Jacques Plante. Musique: Norbert Glanzberg   1952 © MCA Caravelle). "Pas riche à millions" et ne pouvant pas se "payer des distractions" du moins " pas
Tous les jours de la semaine", son plaisir "dès le travail fini" est d'aller se promener sur les grands boulevards pour y jouir du spectacle de la rue.


Yves Montand - Les grands boulevards par Salut-les-copains

Plus près de nous, Bernard Lavilliers, fils d'ouvrier qui a lui même travaillé à la Manufacture d'armes de Saint-Etienne, nous chante la complainte d'un sidérurgiste dont l'entreprise a fermé, mais qui voudrait, comme le dit le refrain "Travailler encore" l'acier rouge de ses "Mains d'or" qui donnent le titre à ce succès de 2001.
Malgré des conditions de travail pénibles, "J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir, Mes poumons - mon sang et mes colères noires", la perte de l'emploi est dramatique. Perte du moyen de subsistance, peu rémunérateur, "J'me tuais à produire, Pour gagner des clous", perte de statut social , "J'peux plus exister là, J'peux plus habiter là" ou "Je sers plus à rien - moi Y'a plus rien à faire" , la logique financière est pourtant implacable, la fabrique doit fermer "Tombés sur le flan - giflés des marées
Vaincus par l'argent - les monstres d'acier" et les effets demeurent incompréhensibles pour les ouvriers : " Quand je fais plus rien - moi Je coûte moins cher - moi Que quand je travaillais - moi D'après les experts"


Bernard Lavilliers - Les Mains D'Or par Bernard-Lavilliers







mardi 15 mars 2011

Les Conditions de travail font leur cinéma : "Ma mondialisation", un film de Gilles Perret

Bien qu'il ne décrive pas directement les conditions de travail, en mode réel ou fictif, le film de Gilles Perret "Ma mondialisation", sorti le 15 novembre 2006, s'inscrit pleinement dans la réflexion de ces dernières années sur les mutations qui touchent l'industrie française. A partir du résumé du film, il est aisé d'anticiper les difficultés que rencontreront les salariés de ces entreprises concurrencées par des sites de production tchèques ou chinois, et déjà rachetées par des fonds de pension.
Entreprise & Carrières reprend en grande partie le dossier de presse disponible sur le site officiel du film, qui contient également une interview du réalisateur : "Fonds de pension, délocalisation, mondialisation font désormais partie de notre langage quotidien, mais demeurent des notions abstraites, souvent angoissantes. À travers le regard plutôt « atypique » d’un chef d’entreprise de la vallée de l’Arve, haut lieu de la mécanique de précision en Haute-Savoie, Ma mondialisation raconte cette phase récente du capitalisme dominé par des mécanismes financiers « globaux » et implacables. Incapables de faire face à cette nouvelle donne, nombre d’entrepreneurs de la vallée de l’Arve finissent par se demander s’ils n’ont pas été dépassés par un modèle économique qu’ils auraient trop longtemps cautionnés".

Source : Entreprise & Carrières n° 834 du 04 décembre 2006

Le site officiel du film



mercredi 9 mars 2011

Cinéma : les délocalisations en Chine vues depuis l'Italie


Après le film de Gilles PERRET qui traitait des effets causés sur notre économie par les délocalisations,  c'est ensuite le réalisateur italien Gianni Amelio qui traite de la mondialisation dans sa dernière oeuvre. Mais si le film de PERRET nous le faisait vivre depuis la France, l'action de "L'étoile imaginaire", curieusement re-baptisé "L'étoile manquante" par Entreprise & Carrières", se situe dans l'un des principaux pays bénéficiaire des délocalisations.
Le film raconte en effet l'histoire d'un responsable de la maintenance d'un fabricant transalpin de machines-outil qui doit se rendre en Chine après s'être aperçu qu'une des machines qu'il y a expédiée présente un défaut majeur. Afin d'éviter une catastrophe, il part sur le champ, et entame un périple qui l'emménera jusqu'en Mongolie intérieure. Accompagné d'une interprète, Liu Hua, il découvre avec effarement le gigantisme et les mutations profondes qui affectent le pays.

L'étoile imaginaire (La stella che non c'è) de Gianni Amelio, avec Sergio Castellitto, Ling Tai, Angelo Costabile.

Sources : Entreprise & Carrières (2007) et Allociné