dimanche 10 juin 2012

Bread and Roses : Ken Loach retrace la lutte de travailleurs clandestins aux USA

Nul besoin de présenter Ken Loach, le cinéaste britannique, auteur de plusieurs films à connotation sociale. "Bread an roses" (Du pain et des roses) présente la particularité de se situer non pas en Angleterre, mais à Los Angeles. L'histoire se déroule dans les années 90 et raconte la lutte que mène des agents de nettoyage de grands buildings pour faire reconnaître leurs droits. C'est avant tout de la dignité que réclament ces travailleurs immigrés, des femmes essentiellement, qui faute d'une situation régulière doivent supporter tous types de brimades. Un jeune syndicaliste maladroit sera le catalyseur d'un mouvement social qui contribuera à améliorer les conditions de travail de ces esclaves d'un nouveau genre. "Bread an roses", inspiré d'une histoire vraie, emprunte son titre à un slogan d'un mouvement ouvrier dont le nom est tiré du titre d'un poème de James Oppenheim (1911).

mardi 1 mai 2012

Un feuilleton médiatico-social des années 70 dans une fiction télévisée : l’affaire LIP


L’affaire LIP telle qu’on l’évoquait dans les journaux télévisés ou à la radio à l’époque, a fait grand bruit . Les  évènements ont débuté le 12 juin 1973, à l’annonce d’un plan de licenciement touchant les ouvriers de LIP, un fabricant de montres de Besançon. Tous les éléments d’une dramatique sociale sont réunis : l’entreprise est au plus mal, au cours du Comité d’Entreprise, plutôt houleux, des ouvriers trouvent dans une serviette  arrachée à l’un des administrateurs, un papier qui fait état d’une prévision de 480 licenciements. C’est un autre administrateur qui sera séquestré au cours d’une nuit pendant laquelle les salariés découvriront le projet de suppression de l’échelle mobile des salaires et leur blocage. Les syndicats, encore sur la lancée de mai 68, s’impliqueront dans la lutte, le gouvernement également, avec différents projets de relance ou de reprise, les ouvriers eux-mêmes essaieront de s’accaparer l’outil de production pour un redémarrage en autogestion. Le mouvement prendra une dimension régionale, avec des mouvements de grèves touchant d’autres entreprises du Jura, une manifestation de plus de 100 000 personnes dans les rues de Besançon, et même des arrestations suite à la tentative d’occupation de l’usine. C’est la première fois qu'une affaire fut autant médiatisée, elle annonçait malheureusement le début d’une série qui se poursuit encore aujourd'hui au travers des fermetures récentes de sites de fabrication.
C’est cette affaire que retrace Dominique LADOGE dans le documentaire (ou docu-fiction ?) « L’été des LIP » qui sera diffusé samedi 5 mai 2012 sur France 3 à 20 h 35. Ce film a obtenu le prix du meilleur réalisateur et le Pyrénées d’or de la meilleure fiction au 13ème Festival de créations télévisuelles de  Luchon en 2011.

jeudi 12 avril 2012

A la télévision : quand la success série "Bref" s'attaque à l'entreprise

Chaque année l'équipe du Grand Journal de Canal + révèle au moins un nouveau talent, Miss météo, humoriste, chroniqueur ... ou un nouveau format de chronique. Bref, cette année c'est justement cette chronique décalée  mais pleine de bon sens qui s'assure un buzz incomparable. Signe tangible de ce phénomène, la chronique est largement parodiée sur le net. Un des épisodes fait évoluer le principal personnage dans le monde de l'entreprise, plus précisément dans un environnement de bureaux. La critique est astucieuse, tout en étant drôle, et concentre quelques comportements typiques observable dans le monde du travail. Bref ... "j'ai eu un job ..."

mardi 3 avril 2012

Les effets de la crise économique dans les années 1970 : "Il ne rentre pas ce soir", une chanson d'Eddy Mitchell

Déjà en 1978, "Schmoll", alias Eddy Mitchell relatait le désarroi des cadres suite à la perte de leur emploi. La crise économique des années 70 est passée par là, et si les ouvriers sont les premiers touchés, comme le chantait Bernard Lavilliers dans Mains d'or, les cols blancs ne sont pas épargnés. Prémices de la mondialisation, comme l'explique "Le grand chef du personnel", "Une multinationale s'est offert notre société". Autant que le manque de ressources financières et le spectre du chômage à un âge délicat, "Etre chômeur à son âge - C'est pire qu'un mari trompé", c'est la perte du statut que doit subir ce cadre : " Fini le golf et le bridge - Les vacances à St Tropez - L'éducation des enfants - Dans la grande école privée". Il faut dire qu'à l'époque, la perte de son emploi constituait une véritable opprobre, la même que celle qui touchait les couples qui se séparaient ou divorçaient. Ce qui explique peut-être le parallèle avec "le mari trompé". Les conséquences de ce drame social ne sont pas connues, tout peut être imaginé, puisque "il ne rentre pas ce soir".

dimanche 11 mars 2012

De mémoire d'ouvriers : le nouveau film de Gilles PERRET



Dans la veine, semble-t-il de son excellent Ma mondialisation, Gilles Perret propose un nouvel opus de son  histoire sociale française, sous le prisme de l'histoire industrielle de la Savoie, et, de nouveau des effets de la globalisation sur cette région.
Pour Telerama, le film présente "des témoignages forts, en particulier ceux des travailleurs âgés qui ont connu des conditions de travaildures, mais aussi la vigueur d'une solidarité aujourd'hui disparue", mais le magazine culturel national regrette " une facture un peu vieillotte, façon ORTF, qui en aténue la portée".

Pour Le Monde, l'oeuvre de Perret "repose sur la repose sur la parole, d'autant plus forte qu'elle est ancrée dans l'histoire locale, d'historiens et d'ouvriers", et "raconte l'épopée d'une vie rude mais solidaire où le paternalisme patronal, les revendications sociales, la fierté du travail, le cosmopolitisme universaliste, la foi dans le progrès, la dignité d'une retraite durement gagnée façonnaient une culture spécifique". Des valeurs submergées par "la puissance dissolvante du libéralisme économique et du capitalisme mondialisé", au profit d'actionnaires "invisibles et omnipotents" dont les ravages sont visibles en Savoie : "usines démembrées, travail dévalorisé en faveur de la seule logique du profit, ouvriers précarisés et démotivés".

Le site officiel du film : De mémoire d'ouvriers


jeudi 5 janvier 2012

Le lipdub, une video d'entreprise réalisée par les salariés

Nous ne sommes plus dans le champ de la fiction, mais plutôt dans la communication interne. Créé à l'initiative d'un ou de plusieurs salariés, ou par la direction de l'entreprise dans le cadre de sa politique de communication interne, le lipdup est une video réalisée généralement en plan séquence dans laquelle les collaborateurs exécutent avec plus ou moins de brio une chorégraphie. Le secret de la réussite réside dans le choix de la musique qui servira de support ; le titre doit être entraînant. Au niveau managérial, le lipdup a un effet fédérateur, c'est un bon outil de "team building" pour peu qu'il ne laisse aucun salarié en marge du projet. En externe, c'est un formidable outil de communication. Si le lipdup de l'UMP, très décrié en son temps ou celui du medef restent anecdotiques, l'un des plus exemplaire et des plus visionnés reste celui du Groupe Beaumanoir, plus connu dans le monde du prêt à porter avec ses marques "Patrice Breal", "Bonobo", "Cache cache", "Scottage", "Morgan" ou "La City".


Moins connu, celui du fabricant de cosmétique SHISEIDO ne manque pas d'intérêt.



Enfin, celui d'IKEA en Espagne associe la culture ibérique et un très bon titre musical avec la spécificité de la culture de l'enseigne d'équipement de la maison suédoise.

lundi 26 septembre 2011

Stress au bureau dans la bande dessinée : "Les Winners"

Avec « Les Winners », la BD explore à nouveau le champ du monde du travail, sa lutte sans rémission pour la survie, et ses accès de violence dus à un stress quasi permanent. Si les personnages sont un peu caricaturaux et les situations plutôt convenues, il n’en reste pas moins que l’analyse des comportements se base sur des attitudes visibles en entreprise. Le plus bel exemple en est la planche page 12 qui nous montre un coach bourré de certitudes en pleine action, mais finalement en plein doute une fois  allongé sur le divan de son psy. Ce qui me rappelle un sondage vu il y a quelques années (Courrier Cadres N° 28 Mars 2009) qui nous enseignait que « un salarié sur deux déclare jouer un rôle au travail », et « avoir un comportement différent dans la vie privée de celui adopté en contexte professionnel ». Une duplicité qui peut être une des causes du mal être au travail.



Les Winners – Tome 1 – « Aucune perte » – Bruno MadauleBamboo Edition

mercredi 31 août 2011

La personne aux deux personnes : conditions de travail au cinéma

Toujours dans le contexte professionnel, "La personne aux deux personnes" avec Daniel AUTEUIL et Alain CHABAT, utilise par contre les ressorts du fantastique. A la suite d'un accident de voiture, l'esprit d'un chanteur ringard des années 80 investit le cerveau d'un modeste employé de la COGIP, Jean-Christian RANU. Celui-ci, "placardisé", fomente la nuit des vengeances oniriques. Gilles GABRIEL, le chanteur, ou plutôt son âme, pense être arrivé en enfer, mais en vérité c'est l'enfer des bureaux d'une entreprise de la défense et son univers impitoyable.
Car chacun est "seul au milieu des autres", comme la DRH (
Marina FOIS) qui se démène pour faire sa place dans le cadre de la fusion de la COGIP avec un groupe hollandais. Et même au cours d'un séminaire de motivation collective (team building), chacun ne peut compter que sur lui même. Sauf notre "petit comptable" coaché par Gilles GABRIEL. Ce dernier saura-t-il, de son côté redevenir un chanteur "in" ?Nicolas et Bruno, les réalisateurs qui étaient les adaptateurs de "The Office" avec François BERLEAND, ont pris le parti de la comédie humaine, avec pour décor le monde de l'entreprise. Une entreprise en rien fraternelle et citoyenne, remplie de codes, qui "placardise", et dans laquelle les salariés passent 70 % de leur temps éveillé.Courrier Cadres Juin 2008 - Eric NAHON.

mercredi 17 août 2011

Conditions de travail dans la chanson : l'industrie métallurgique pour Yves Montand et Bernard Lavilliers

Les références à l'industrie lourde sont certainement nombreuses, mais puisqu'il faut bien commencer, nous commencerons par une simple allusion à la condition du "tourneur chez Citroën", évoquée par Yves Montand dans "Les grands boulevards (Paroles: Jacques Plante. Musique: Norbert Glanzberg   1952 © MCA Caravelle). "Pas riche à millions" et ne pouvant pas se "payer des distractions" du moins " pas
Tous les jours de la semaine", son plaisir "dès le travail fini" est d'aller se promener sur les grands boulevards pour y jouir du spectacle de la rue.


Yves Montand - Les grands boulevards par Salut-les-copains

Plus près de nous, Bernard Lavilliers, fils d'ouvrier qui a lui même travaillé à la Manufacture d'armes de Saint-Etienne, nous chante la complainte d'un sidérurgiste dont l'entreprise a fermé, mais qui voudrait, comme le dit le refrain "Travailler encore" l'acier rouge de ses "Mains d'or" qui donnent le titre à ce succès de 2001.
Malgré des conditions de travail pénibles, "J'ai passé ma vie là - dans ce laminoir, Mes poumons - mon sang et mes colères noires", la perte de l'emploi est dramatique. Perte du moyen de subsistance, peu rémunérateur, "J'me tuais à produire, Pour gagner des clous", perte de statut social , "J'peux plus exister là, J'peux plus habiter là" ou "Je sers plus à rien - moi Y'a plus rien à faire" , la logique financière est pourtant implacable, la fabrique doit fermer "Tombés sur le flan - giflés des marées
Vaincus par l'argent - les monstres d'acier" et les effets demeurent incompréhensibles pour les ouvriers : " Quand je fais plus rien - moi Je coûte moins cher - moi Que quand je travaillais - moi D'après les experts"


Bernard Lavilliers - Les Mains D'Or par Bernard-Lavilliers







dimanche 10 juillet 2011

Notre univers impitoyable (Film - 2008): vie de couple et compétition

Thierry LHERMITTE, à l'affiche de "L'invité", est aussi au générique de "Notre univers impitoyable" (Léa FAZER - 2008), non plus dans la peau d'un consultant fantasque, mais en tant que patron d'un cabinet d'avocats d'affaires, dans lequel officie une jeune couple, dont seul l'un deux pourra devenir associé. C'est le départ du scénario, qui s'évertue à montrer les conséquences successives de la nomination de l'un ou de l'autre des jeunes juristes à la tête de l'éxécutif de l'entreprise. Madame semble partir avec un handicap, car lors des réunions, par exemple, c'est toujours elle qui est chargée de servir le café. Souffrant d'un manque de reconnaissance, elle doute de ses capacités, et doit faire ses preuves quand son patron lui confère le statut d'associée. Et quand c'est son mari qui hérite du titre et de la charge tant convoités, et puisqu'il a du mal se passer de Margot, celle-ci prend de la distance avec son travail, refuse de travailler plus que nécessaire, et elle adopte un temps partiel pour mieux s'occuper des enfants.
Eric NAHON, de Courrier Cadres ne le met pas en avant, mais la discrimination liée au sexe parait l'un des principaux points de réflexion proposés par la cinéaste. En effet, Léa FAZER explique qu'avec ce film elle veut faire réfléchir le spectateur sur la résistance d'un couple face à des situations professionnelles, et curieusement, pour elle l'un ou l'autre des deux aurait dû démissionner suite à la promotion de son conjoint. S'inspirant d'une histoire réelle vécue par un couple de médecins, e"lle pose des questions, sans chercher à imposer de réponses", mais Eric NAHON se demande alors pourquoi elle choisit de faire refuser la promotion à chacun de ses personnages, interprétés par Alice TAGLIONI et Jocelyn QUIVRIN, alors en couple à la scène comme à la ville, avant la disparition de ce jeune et prometteur acteur.
Courrier Cadres Février 2008 - Eric NAHON