Si l'épreuve d'histoire-géographie et d'instruction civique du Brevet des Collèges millésime 2015 a fait couler beaucoup d'encre en raison du niveau déconcertant de facilité dont relevaient les questions, il a eu le mérite de sortir des archives historiques cette "chanson des loisirs" de 1936 écrite par Jean Villard-Gilles.
Si elle ne décrit en rien la vie de l'entreprise à l'époque du Front Populaire, elle reflète l'espoir apporté par les mesures sociales instituées par le gouvernement de gauche, avec entre autres la semaine de 40 heures et les congés payés qui apportent "un vent de liberté" et "une vie meilleure".
L'auteur compositeur helvétique, né à Montreux, aura ensuite une très belle carrière, navigant entre des thèmes sensibles comme l'argent, avec Dollar, ou écrivant des chansons de premier plan pour Edith Piaf, comme "Les Trois Cloches" et "l'Auberge de la Fille sans cœur",
Quant à nos collégiens, il leur suffisait de lire la date inscrite à côté du nom de l'auteur de cette chanson pour répondre à la première question de ce Brevet des Collèges.
Sur Jean Villard-Gille, voir ce site de la Radio Télévision Suisse
Au cinéma, au théâtre ou dans la littérature, le métier et le statut des protagonistes ou leur environnement professionnel peut avoir une incidence sur l'intrigue. Et parfois, c'est le monde de l'entreprise lui même qui fait l'objet du scénario. Volontation propose un panorama des conditions de travail dans la littérature, au théâtre, au cinéma, à la télévision ou dans la chanson ...
dimanche 25 octobre 2015
mercredi 21 octobre 2015
Manipulation psychologique en entreprise dans "Une étrange affaire", un film de Pierre Granier-Deferre (1981)
Si la réorganisation traitée dans
la fiction du réalisateur alors tout jeune prenait des accents humains, c’est quasiment un drame qui se joue dans la
fiction de son aîné. Celui-ci décrit avec une rare acuité, déjà en 1981, les
mécanismes de la manipulation psychologique exercée par un patron sur ses salariés
en général, et en particulier sur un jeune cadre, Louis Coline, figuré sous les traits de Gérard Lanvin.
Après le décès soudain du
directeur de l’enseigne « Les Magasins », un commerce de centre-ville
de type « Les Galeries Lafayette », un nouveau dirigeant, Malair
(Michel Piccoli) est nommé. Son arrivée suscite un climat anxiogène : on
ne donne pas son nom, ce qui laisse planer toutes les inquiétudes. On l’annonce à Bâle, puis à Madrid ou encore à Sarajevo, sa réputation s’accroit, la
rumeur enfle, il est même question de « charrettes » … A notre époque
et sous réserves de connaitre son identité, les salariés se seraient précipités
sur Internet pour « Googliser » le nom du futur patron, mais en 1981 …
Alors qu’on ne l’attend plus, il apparaît. Son comportement est irrationnel, Louis le trouve dans son bureau en
train de fouiller dans ses tiroirs ; il en extrait avec curiosité des tickets
de PMU ou de Loto. Le jeune homme se
présente, et Malair lui demande de ne pas faire état de cette première
rencontre. Mais à l’occasion du tour des services que le directeur ne manque
pas d'opérer, il montre clairement qu’il connait déjà Louis. Ce qui ne
manquera pas d’inquiéter le chef du service « Publicité » dans lequel
travaille le jeune homme. La relation très ambiguë se poursuit, le nouveau dirigeant
prend le jeune cadre enthousiaste sous sa coupe, indirectement d’abord, par
l’intermédiaire de ses bras droits, Paul, le directeur financier (Jean-FrançoisBalmer) et François (Jean-Pierre Kalfon) qui assure la fonction de chauffeur,
homme de confiance et garde du corps. Les 2 collaborateurs les plus proches de
Malair, d’une très grande complicité avec lui, s’attribuent le bureau de Louis
sur qui le travail de destruction psychologique se poursuit : le boss
court-circuite son chef et confie le plan publicité stratégique des
« Magasins » à Louis qui finit par se montrer flatté de cette
confiance. Le mécanisme de manipulation s’accélère, le patron se montre plus
direct, parfois trivial et demande à son jeune collaborateur une disponibilité
totale qui confine au harcèlement.
La mine de Louis change, on
perçoit chez lui la montée du stress bien qu’il persiste à s’enflammer pour son
nouveau statut. Fier de cette proximité avec le patron, un soir, en dehors des
heures de service, il emmène Nina (Nathalie Baye), son épouse, visiter le bureau que s’est fait
aménager le responsable. Alors que l’on annonce 2 licenciements dont celui
d’une salariée victime d’alcoolisme, Malair s’incruste encore plus dans la vie
privée de Louis. Il débarque un dimanche matin au bar où le jeune homme joue
aux courses en compagnie de l’un de ses amis, et le « kidnappe » sous
le prétexte fallacieux de travailler un dossier. La journée s’achèvera par un
dîner au cours duquel Louis rencontrera la faune bigarrée que compose la cour
de son gourou. Puis Malair débarque ensuite un soir pour dormir chez Louis et
Nina au motif que des travaux sont en cours d’achèvement à son domicile, allant
sans vergogne jusqu’à s’approprier la chambre du modeste appartement du jeune
couple et à s’accaparer la cuisine pour s’y préparer un en-cas.
Cette attitude excessive parait
totalement impossible dans la réalité, mais Granier-Deferre y a recours pour
analyser avec finesse le processus de manipulation psychologique, en s’appuyant par
exemple sur les perceptions et les réactions de Nina, l’épouse de Louis. Malair
essaiera d’ailleurs de la séduire, l’invitant elle et son époux pour un dîner
durant lequel il annoncera que le chef de Louis « les quitte », puis
offrant à la jeune femme une montre. Elle finira par prendre ses distances,
expliquant à Louis qu’elle « ne le quitte pas pour quelqu’un d’autre », mais « parce qu’il n’est plus personne ». Toujours
méfiante, elle essaiera de l’alerter, qualifiant Malair «d’abstrait, comme Dieu ».
Après le départ de Nina, Louis se
réfugie encore un peu plus dans le travail, et finit par s’installer chez son
patron, partageant son intimité avec François, obéissant aux caprices de Malair
qui le convoque par exemple dans sa salle de bains alors qu’il est en train de
se raser, totalement nu. Le mentor devient de plus en plus autoritaire, il prend
son collaborateur pour son larbin, puis un jour, il disparaît sans laisser de
traces, au grand désarroi de Louis
Coline, totalement désemparé. Ainsi que l’analyse judicieusement Guillemette Odicino dans Télérama, aujourd’hui, « on
verrait bien Louis Coline témoigner dans un documentaire sur le burn-out ou le
harcèlement en entreprise. Car Louis
Coline est comme mort. Frappé de stupeur parce que son patron, son
gourou, celui pour lequel il a tout sacrifié l’a abandonné. Fidèle à son poste,
il attend qu’il revienne … » Et la journaliste de poursuivre :
« Pourtant, cet employé désinvolte qui végétait au service publicité d’un
grand magasin n’avait a priori rien pour se transformer en disciple robotisé.
Sauf peut-être un vide à combler, une place à se faire ».
Il y a déjà plus de 30 ans Granier-Deferre anticipait les phénomènes de souffrance au travail avec des
comportements symptomatiques de surinvestissement, caractéristiques des « workalcoolics »
et le constat d’un manque de reconnaissance qui frappe les salariés, plus
particulièrement en France. Peu importe l’entreprise, le réalisateur ne nous
montre d’ailleurs pratiquement rien de ces « Magasins » dont on
sait seulement que le principal concurrent se dénomme « Les galeries »
et dont l’espace de vente sera montré qu’à une seule occasion.
Pour aller plus loin : l'article de Télérama
Pour aller plus loin : l'article de Télérama
vendredi 16 octobre 2015
L'usage des stupéfiants à l'usine dans une chanson des Charlots "T'es à l'usine Eugène" (1981)
Dix ans après leur grand succès de 1971, "Merci patron" que nous avons évoqué sur ce blog, les "Charlots" font à nouveau référence au monde de l'entreprise, plus précisément l'industrie, avec cet autre titre "T'es à l'usine Eugène". Dans la même veine que leur précédente chanson, mais sur un rythme reggae, le groupe populaire raconte les errements d'un collègue ouvrier, Eugène, qui semble moins préoccupé par "sa clé de douze" que par l'usage de produits stupéfiants "qui feraient flipper le Docteur Olivenstein". Ce psychiatre médiatique, spécialisé dans le traitement de la toxicomanie, que l'on voyait apparaître sur les écrans de télévision dès qu'il était question du sujet, de 1970 jusqu'à l'an 2000, était surnommé le "psy des toxicos".
Si, à l'époque, l'usage de drogue dans le monde professionnel n'était pas mentionné comme un phénomène répandu, beaucoup moins qu'actuellement, les symptôme ne laissent aucun doute . Eugène, affiche un "pupille incertaine", éclate de "rire comme une baleine"et "danse en bossant à la chaîne "ce qui altère la productivité : "Tu fais tomber la moyenne". Ce que le patron ne semble pas apprécier : "Le patron n'a pas l'air d'aimer tes confidences sur le reggae".
Comme leur précédent opus, et toujours sur un air léger, les "Charlots" nous plongent donc à nouveau dans le monde ouvrier sur un mode humoristique, à grand renfort de jeux de mots, sans aucune prétention.
Pour lire l'ensemble du texte de la chanson : "Tes à l'usine Eugène".
dimanche 27 septembre 2015
Clap de fin pour "The apprentice - Qui veut décrocher le job", la dernière émission de téléréalité de M6 et Endemol
Faut-il se réjouir de l'arrêt brutal après seulement 4 épisodes, de la programmation sur M6 de "The apprentice - Qui veut décrocher le job" cette émission de téléréalité ? Ou faut-il s'indigner que Endemol ait eu l'audace de créer une telle émission dans laquelle des candidats rivalisent pour décrocher le précieux Graal : un poste de Directeur Commercial au sein de l'une des entreprises de Bruno Bonnell, le serial entrepreneur français ? Certes, cette parodie de recrutement dans laquelle le fondateur d'Infogrames assure son propre rôle ne dépasse pas la réalité, si l'on se rappelle les recrutements collectifs opérés par le Gan et décortiqués par les caméras de France 2 en 2012 dans le documentaire "La gueule de l'emploi". Mais si Endemol avait refusé d'adapter "Someone's gotta go" en France, une téléréalité dans laquelle des salariés devaient désigner celui d'entre eux qui devait être licencié, elle n'a eu aucun scrupule à produire ce programme. Las, avec seulement 1 million de téléspectateurs soit 4,6 % de parts d'audience pour le 1er épisode et 900 000 (3,7 % de PDA) pour le 2ème, la "petite chaîne qui monte" a décidé d'arrêter les frais et de poursuivre uniquement "en ligne" la diffusion de cette procédure de sélection de ce Directeur Commercial. et qui restera le recrutement le plus cher jamais envisagé pour un apprenti, si l'on traduit littéralement "apprentice" ; un statut peu en cohérence avec le poste visé. Quoiqu'il en soit, les producteurs se sont engagés à ce que l'heureux élu soit embauché chez AWAbot l'une des entreprises de Bruno Bonnell. Et pourquoi ne pas suivre l'intégration de ce nouveau collaborateur et sa période d'essai dans le cadre d'un nouveau projet de téléréalité ... ?
Pour information, dans la version britannique, c'est Alan Sugar le créateur d'Amstrad qui jouait le rôle de patron, tandis qu'aux Etats-Unis c'est le très médiatique candidat aux primaires républicaines pour les présidentielles américaines, Donald Trump qui assurait cette charge.
Pour information, dans la version britannique, c'est Alan Sugar le créateur d'Amstrad qui jouait le rôle de patron, tandis qu'aux Etats-Unis c'est le très médiatique candidat aux primaires républicaines pour les présidentielles américaines, Donald Trump qui assurait cette charge.
dimanche 13 septembre 2015
Hard discount et gaspillage alimentaire dans "Discount" un film de Louis-Jean Petit (2015)
S’il existait un César de la meilleure actrice de comédie
sociale « à la française », CorinneMasiero devrait sans conteste aucun,
figurer parmi les nominées. Après ses prestations convaincantes dans « Louise Wimmer » et « De rouille et d'Os », évoquées dans ce blog. Dans Discount, un film de Louis-Julien Petit, elle occupe à
nouveau un rôle central et colle encore une fois parfaitement au personnage. Le
point de départ de l’histoire est assez simple : les employés d’un
supermarché de type « hard-discount », sur le point d’être licenciés,
mettent en place une organisation afin
de détourner les produits dont la DLC (date limite de consommation) est
dépassée et promis à la casse. Avant de
les fouler du pied et d’y répandre de l’eau de javel, ils en prélèvent une
partie qu’ils revendront à des prix extrêmement compétitifs, et pour cause, dans
un magasin parallèle créé de toutes pièces dans la grange de la ferme où habite
Christiane (CorinneMasiero). Le
trafic débute timidement, mais devant l’intérêt affiché par les clients et les
résultats financiers supérieurs à leurs attentes, et surtout la pression
exercée par la directrice, interprétée par une excellente Zabou Breitman, la
petite bande augmente les volumes.
Même si Louis-Julien Petit ne glisse à aucun instant avec facilité dans
la fable, on ne demande qu’à adhérer à l’œuvre de ces Robins des bois modernes
qui suscitent un bel engouement mais, la morale est sauve, ils finiront
par se faire prendre sans que leur clientèle ne soit inquiétée.
Quant au réalisme des situations professionnelles, la
plupart des scènes paraissent plausibles. Les employés remplissent les rayons
et compactent les emballages, avant l’arrivée des clients, puis détruisent donc
les produits en voie de péremption tandis que les hôtes ou hôtesses de caisse,
selon le terme dévolu maintenant aux caissiers et caissières, assurent leur
mission. Ils prélèvent parfois des bons de réductions à leur bénéfice, au
risque, comme Christiane de se faire
sanctionner, tout en s’efforçant de
respecter la cadence imposée par la direction.
Quelques aspects peuvent sembler moins crédibles, tel le
comportement de la directrice. Salariée du groupe, elle ambitionne de devenir
responsable de réseau. A cet effet, elle suit un cursus de formation au sein de
l’enseigne. Elle y apprend par exemple que, quand elle conduit un entretien
avec un collaborateur, elle doit toujours se faire assister par une personne
qui notera par écrit les termes des échanges. Elle fait donc appel à sa « garde
rapprochée », ses agents de sécurité, qui de manière tout aussi
surprenante sont aussi chargés de chronométrer le personnel chargé de l’encaissement
afin de maintenir la pression sur la productivité. Très curieusement, les
vigiles semblent ne jamais se préoccuper des clients comme si la démarque
inconnue ne pouvait être que le fait des salariés qu’ils ne manquent pas de
fouiller en fin de journée, contre toute attente.
Sur le plan managérial, la manipulation n’est jamais bien
loin. La directrice propose à Gilles, un de ses collaborateurs, une évolution
professionnelle, alors que certains de ses collègues vont être victimes de
suppressions de postes à l’occasion de la mise en place de caisses
automatiques.
Le plus étonnant invraisemblable est peut-être cette ruée
des clients le premier jour des soldes ; à l’issue du compte à rebours
scandé par la directrice, ils se précipitent dans le commerce pour profiter des
promotions que les employés du point de vente auront minutieusement préparées.
Ils mettront encore plus de soin et de motivation lors de l’installation de
leur propre magasin, dans cette ferme perdue dans la campagne : mise en
place de la caisse et du merchandising, création des rayons, étiquetage, mise
en place de la PLV et de l’ILV, allant jusqu'à proposer des services complémentaires telle la
livraison à domicile.
En résumé, Louis-Julien Petit, donne à voir une description assez fidèle de la
distribution et spécialement du hard discount, sans tomber dans la caricature,
et sans s’appesantir sur l’idée de départ qui est le gâchis induit par la
destruction de produits encore propres à la consommation dans le secteur de la
grande distribution. Un sujet qui a refait récemment surface dans l’actualité,
avec ce texte de loi pour la lutte
contre le gaspillage alimentaire.
Et le César de la
meilleure actrice de comédie sociale « à la française » est attribué
à …
Pour aller plus loin :
Le festival du film francophone d'Angoulême où Discount a obtenu le Valois du public
La bande annonce :
dimanche 30 août 2015
Le monde de l'entreprise dans les Haïkus : Haïkonomics de Igor Quézel-Perron (Editions Envolume)
Le monde de l'entreprise peut investir toutes les formes d'expression. La dernière en date c'est le Haïku, cette forme de poème japonais extrêmement codifiée qui existe depuis quelques siècles mais que l'on a découvert semble-t-il depuis peu en occident. C'est un chasseur de têtes, Igor Quézel-Perron, qui s'est essayé, avec succès, à user des 17 mores du Haïku pour décrire l'entreprise, avec parfois, une allusion aux conditions de travail . Ses poèmes, publiés au sein d'un recueil aux Editions Envolume sous le titre Haïkonomics sont également consultables sur le site des Echos qui en proposait un à la lecture, chaque jour en fin d'année passée.
Quelques morceaux choisis :
- "Elle galope dans les couloirs/Toute à son ouvrage/La rumeur"
- "Photocopies/Progrès technologiques/Panne X32"
- "Réunion/On parle budget/Mon père est mort"
- "Après une réunion/Il retourne dans son bureau/Comme dans un refuge"
- "Elle galope dans les couloirs/Toute à son ouvrage/La rumeur"
Quelques morceaux choisis :
- "Elle galope dans les couloirs/Toute à son ouvrage/La rumeur"
- "Photocopies/Progrès technologiques/Panne X32"
- "Réunion/On parle budget/Mon père est mort"
- "Après une réunion/Il retourne dans son bureau/Comme dans un refuge"
- "Elle galope dans les couloirs/Toute à son ouvrage/La rumeur"
jeudi 11 juin 2015
"Les heures souterraines" de Delphine de Vigan adapté au théâtre.
Le livre de Delphine de Vigan "Les heures souterraines"que nous avons cité dans ce même blog a été brillamment adapté au théâtre par Anne Loiret pour le Théâtre de Paris, dans une pièce où elle partage le 1er rôle avec Thierry Fremont dans une mise en scène de Anne Kessler,
Représentations :
Représentations :
- Du mardi au samedi à 21 h 00
- Samedi 17 h 00
- Dimanche 15 h 30
Du 12 mai au 12 juillet 2015.
Le travail dans les carrières de marbre dans "Fils de personne" de Raffaello Matarazzo (1951)
Bien qu'une grande partie de ce "classique du mélodrame" se déroule dans les parages ou à l'intérieur même des célèbres carrières de marbre de Carrare, il ne nous délivre que peu d'informations sur le dur labeur des carriers au milieu du 2ème siècle.
Quelque scènes, cependant, montrent l'utilisation des explosifs, la découpe puis le transport de la précieuse roche, avec l'omniprésence de risques d'éboulis ou d'accident pendant la manipulation des blocs, à une époque où la mécanisation était très limitée.
A noter la présence au générique de l'actrice française Françoise Rosay.
Pour en savoir plus sur le film : Fils de personne
Quelque scènes, cependant, montrent l'utilisation des explosifs, la découpe puis le transport de la précieuse roche, avec l'omniprésence de risques d'éboulis ou d'accident pendant la manipulation des blocs, à une époque où la mécanisation était très limitée.
A noter la présence au générique de l'actrice française Françoise Rosay.
Pour en savoir plus sur le film : Fils de personne
mardi 26 mai 2015
Des salariés transforment leur entreprise en SCOP dans la pièce de théâtre "Mécanique instable"
L’entreprise sert régulièrement de cadre à des œuvres de
théâtre (voir sur ce blog ). Dans
cette pièce de Yann Reuzeau, elle y occupe un rôle central, faisant même
l’objet d’une transformation au cours de son déroulement. Afin de nous immerger
rapidement au cœur de cette PME, les acteurs déambulent sur scène avant
même le lever de rideau. Ce sont les collaborateurs des services commerciaux et
administratifs de cette société qui intègre également une partie "production" qui
sera figurée par l’apparition régulière de la chef d’atelier, vêtue d’une
blouse bleue, qui fait aussi office de « syndicaliste de service ».
Ses collègues, fidèles aux codes de l’entreprise de la fin du 20ème siècle se
serrent la main pour se saluer et portent sous le bras des chemises cartonnées. Ils tiennent entre les doigts un gobelet de plastique
provenant de la machine à café certainement placée dans un des couloirs menant
aux bureaux, qui, par choix du metteur en scène, sont figurés par des
plateformes carrées encadrées en leurs angles par des piquets de fer, faisant
penser à de petits rings de boxe dont on aurait ôté les cordes. L’activité de
l’entreprise dont nous allons suivre l’évolution sur une vingtaine d’années n’est
pas clairement définie, la seule information qui nous est donnée est le nom du
produit phare, le « MacGuffin», référence faite au maître Hitchcock.
Un événement lance l’action : contre toute attente, le
jeune dirigeant annonce qu’il va céder sa société à l’un de ses concurrents.
Les salariés en profitent pour la racheter et la transformer en SCOP (Société
coopérative et participative), une forme juridique dans laquelle ce sont les
salariés qui en sont les associés, donc les propriétaires. Elle reprendra
son organisation originale à la fin de la pièce après avoir rencontré un franc
succès, traversé la crise, mais aussi, essuyé un incendie. L’intérêt de
« Mécanique instable » est de montrer la réaction des différents
personnages devant des situations et
leur évolution en fonction des événements. La peur d’un avenir incertain,
l’inquiétude, la déception, ou l’indignation face à ce qu’ils considèrent comme
une trahison pour certains qui sont devenus les amis de leur patron. Puis
l’intérêt et la curiosité, la motivation quand une des salariées propose de
reprendre l’entreprise sous forme d’une SCOP. Puis la lâcheté voire la
cruauté quand il s’agit de licencier un
« collègue-associé ». L’ambition et l’opportunisme dont ne manquera
pas de démontrer une intérimaire de la comptabilité qui arrivera jusqu'au
sommet de la hiérarchie.
Dans le registre des conditions de travail, la plupart des
situations rencontrées dans le monde de l'entreprise sont évoquées : la
maladie, les pathologies plus graves et les arrêts de longue durée, le stress voire
le burn-out, les difficultés à concilier vie de famille et travail,
l’opposition entre « les ateliers et les bureaux », la
discrimination, l’atteinte du seuil d’incompétences et la quête du sens dans le
travail exprimé par des commentaires comme « travailler c’est juste un
moyen mais on y passe les ¾ de sa vie ».
Si des éléments stratégiques sont également abordés, comme la nécessité « d’augmenter la production pour permettre l’exportation », il est aussi question d’obsolescence programmée, c’est sur l’approche du statut de SCOP que cette pièce est la plus remarquable. Particulièrement bien documentée, elle en intègre toutes les dimensions. Sur l’aspect structurel, en expliquant que les « salariés-actionnaires » sont propriétaires de leur outil de travail, qu’ils prennent part aux décisions de l’entreprise et se partagent les bénéfices de l’activité ou décident de les réinvestir pour en favoriser le développement. Sur le plan humain, les interrogations ou les commentaires des salariés semblent plausibles ; « on paie pour travailler ? » se demande un cadre quand on lui propose d’acheter des parts de l’entreprise, pendant que les ouvriers hallucinent car « ils seront les patrons des cadres » ou qu’ils jubilent en s’apercevant qu’ils cumulent salaire et dividendes dans la période la plus faste de leur société : « on a gagné au loto ! ».
Si des éléments stratégiques sont également abordés, comme la nécessité « d’augmenter la production pour permettre l’exportation », il est aussi question d’obsolescence programmée, c’est sur l’approche du statut de SCOP que cette pièce est la plus remarquable. Particulièrement bien documentée, elle en intègre toutes les dimensions. Sur l’aspect structurel, en expliquant que les « salariés-actionnaires » sont propriétaires de leur outil de travail, qu’ils prennent part aux décisions de l’entreprise et se partagent les bénéfices de l’activité ou décident de les réinvestir pour en favoriser le développement. Sur le plan humain, les interrogations ou les commentaires des salariés semblent plausibles ; « on paie pour travailler ? » se demande un cadre quand on lui propose d’acheter des parts de l’entreprise, pendant que les ouvriers hallucinent car « ils seront les patrons des cadres » ou qu’ils jubilent en s’apercevant qu’ils cumulent salaire et dividendes dans la période la plus faste de leur société : « on a gagné au loto ! ».
Ils seront confrontés à des décisions qu’ils n’avaient pas
envisagées, comme de choisir un gérant pour leur structure ou de devoir
licencier le commercial, un de leurs collègues-associés, provoquant une lutte
des clase au sein de la SCOP . Cette aventure sera aussi l’occasion de révéler
les personnalités et les valeurs cachées, plus ou moins nobles des différents
personnages. Une secrétaire, par exemple, se lancera avec passion dans le
projet et finira par rejoindre l’URSCOP, l’Union Régionale des SCOP . Le fait de
citer cet organisme montre une fois encore la qualité de la recherche documentaire
réalisée pour l’écriture de cette pièce.
Mécanique instable - Une pièce écrite et mise en scène par Yann Reuzeau avec Emmanuel de Sablet, Sandrine Molaro, Morgan Perez, Sacha Petronijevic, Leïla Séri, Sophie Vonlanthen - Manufacture des Abbesses - Scénographie : Philippe Le Gall - Lumière : François Leneveu.
Mécanique instable - Une pièce écrite et mise en scène par Yann Reuzeau avec Emmanuel de Sablet, Sandrine Molaro, Morgan Perez, Sacha Petronijevic, Leïla Séri, Sophie Vonlanthen - Manufacture des Abbesses - Scénographie : Philippe Le Gall - Lumière : François Leneveu.
- Sur les SCOP, voir également cet article sur ce même blog
- Visualiser la bande annonce
- Voir des extraits de "Mécanique instable"
lundi 25 mai 2015
Une unité de sablage dans "Le jour se lève", le chef d'oeuvre de de Marcel Carné (1939)
"Le jour se
lève", le film de Marcel Carné, est avant tout un drame.
C'est aussi une réflexion sur le sort des ouvriers, avec peut-être un parallèle
avec la vie d'artiste ou de bohème personnifiée par Valentin (Jules Berry) le
dresseur de chiens que tout oppose à François le sableur (Jean Gabin).
François est ouvrier dans un , il
est affecté à une unité de sablage, endossant chaque
jour sa combinaison qui ressemble à un scaphandre et manipulant une lance
projetant du sable et de l'abrasif dans le but de décaper de grosses pièces
usinées.
L'atmosphère est hostile, au
point de flétrir en quelques minutes le bouquet que tient Françoise, la
fleuriste (Jacqueline
Laurent) en visite
dans les ateliers. Ce sera leur première rencontre et l'unique plan tourné au
sein de l’usine. Pour atténuer les effets de la poussière produite par la
projection de sable, François boit régulièrement du lait dont il propose un
verre à la jeune femme, tandis qu’un de ses collègues préfère le vin, sans pour
autant que Carné ne fasse allusion aux problèmes d’alcoolisme du monde ouvrier.
L'entreprise représenterait même ici la vertu, car à la blancheur du lait il faut ajouter la propreté du prolétaire qui se lève chaque matin et, qui déclare avec certes une pointe d'ironie "le travail c'est la santé et la liberté". "Y'a une bonne petite place à prendre" lancera-t-il avec un peu plus de sarcasme aux badauds , alors qu'il est sur le point d'être arrêté par les policiers.
A l'opposé, Valentin représente le vice, le mensonge et la manipulation, pour lui le travail de François est "malsain", et pas seulement au sens propre du terme. L'ouvrier de son côté considère que les bonimenteurs de son espèce sont comme "le sable en dedans" qui peu à peu dévore les poumons du sableur, au point que ses collègues doutent que les gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l'ordre pour le déloger de sa chambre où il s'est retranché puissent avoir de l'effet.
Et c'est la sonnerie du réveil-matin de l'ouvrier qui ponctue le chef d'oeuvre de Carné juste après que François se soit donné la mort.
Si l'entreprise ne fait l'objet que d'un seul plan, il est à noter le niveau de modernité des équipements et des postures de ce poste de sablage pour un film qui remonte à 1939.
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